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Sophie Brouhon - Interview
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Interview

Description:

Qui est Sophie Brouhon ?

J’ai depuis peu 37 ans : je suis née à Etterbeek le 7 février 1972 et j’ai grandi et vécu à Ixelles.

J’ai suivi l’enseignement secondaire de la ville de Bruxelles (Daschbeck) où j’ai étudié les mathématiques avec les rares filles attirées par les filières scientifiques et j’ai poursuivi mes études en économie à l’université libre de Bruxelles. Ma spécialisation : l’économie et l’administration publiques.

Quel est ton parcours au sein du Parti socialiste ?

Je suis entrée au Parti socialiste il y a 10 ans en rejoignant le centre d’études du Parti socialiste : l’institut Emile Van de Velde. J’ai développé mes connaissances dans les dossiers de développement économique régional, de réforme institutionnelle, de financement et de budget – dont la réforme fiscale.

Ces quatre années m’amènent à travailler ensuite pour un cabinet fédéral où je suivrai pendant deux ans, les affaires intérieures et le financement de la police avant d’œuvrer 2 ans à l’élaboration du budget.

Je dirige ensuite la fonction publique pendant 1 an à la communauté française.

Je suis actuellement commissaire du Gouvernement de la communauté française pour lequel je contrôle certains de ses organismes publics (ONE – SPABS et CSA).

Comment es-tu devenue candidate sp.a ?

Baignée par le socialisme depuis mon enfance, les quatre années passées au Fédéral dans les cabinets néerlandophones de Johan Vande Lanotte et Freya Van den Bossche seront décisives pour moi. Les différentes matières que j’ai suivies m’ont permis d’approcher de nombreux projets tant fédéraux que régionaux et de jouer un véritable rôle de trait d’union entre les 2 partis socialistes.

J’ai été récemment invitée par Pascal Smet, actuel ministre bruxellois de la mobilité, à soutenir le projet qu’il défend pour Bruxelles lors des prochaines élections régionales. Un projet qui s’inscrit loin des clivages communautaires et que je soutiens entièrement.

Loin des clivages communautaires pour quel type de projet ?

Les clivages obligent trop souvent à se définir comme francophone ou comme flamand alors que dans la vie de tous les jours, ces clivages n’existent pas. Les francophones comme les flamands se retrouvent dans des projets et dans des lieux communs qui leur appartiennent en tant que bruxellois.

Or, malheureusement, cette rencontre n’est plus permise au niveau politique, ancré dans une division communautaire.

Notre projet est d’aller à l’encontre de ce mur et de défendre Bruxelles, ville multiculturelle, multicommunautaire, internationale, et à développer un projet ambitieux orienté vers l’avenir incluant l’ensemble de sa population.

Le projet sp.a pour Bruxelles est donc a priori plus intéressant pour le futur de Bruxelles que le projet PS ?

A priori, pour moi, le projet sp.a est un projet d’avenir fort, forgé sur les bases d’un projet défini il y a 20 ans par Charles Picqué mais visant à redonner une véritable existence à Bruxelles.

Ce projet tend à amener Bruxelles dans une nouvelle étape de son développement en s’appuyant réellement sur ses spécificités de Ville-Région plus que de Région.

Une région à part entière, émancipée de la Flandre et de la Wallonie et égale des deux autres.

Quels sont les points forts de votre carrière jusqu’à présent ?

Le fait qui m’a le plus marqué, c’est le jour où, après avoir opéré deux ans comme Directrice adjointe au cabinet de Johan Vande Lanotte au suivi des affaires intérieures et de la police, j’ai été invitée à devenir directrice du cabinet de Freya Van den bossche pour préparer l’exécution du budget fédéral.

Ce jour-là a été à la fois une très grosse surprise et un très grand honneur car il m’a permis de vivre, pendant deux ans, un des moments forts d’une carrière publique, à savoir prendre part à l’exercice politique le plus important dans le pays : traduire les choix politiques et les décisions d’un gouvernement au travers de l’élaboration d’un budget.

Donc, c’était à la fois l’aboutissement de tout ce que j’avais étudié, tout ce dans quoi je m’étais projeté et à la fois, le moyen qui m’a été donné de prendre le plus conscience de l’importance des choix politiques et de leur impact pour la population et le citoyen.

Vous êtes jeune, pleine d’idées, pourquoi ne pas avoir offert ce dynamisme au Parti socialiste chez qui vous avez fait vos armes ?

J’ai travaillé dix ans au Parti Socialiste, avec fierté et avec toute mon énergie.

Je pense malheureusement que le parti socialiste aujourd’hui ne réfléchit plus suffisamment à un projet d’avenir pour Bruxelles. Le Parti socialiste est à l’heure des bilans et à l’heure des constats. Pas tourné vers l’avenir.

Je ne pense pas que les quelques nouveaux candidats inscrits sur la liste incarnent le renouveau : ils rajeunissent la liste mais ne modernisent pas le programme. Or pour moi, c’est un programme qui compte, un projet. Aujourd’hui, le sp.a présente ce programme et c’est dans ce sens là que je suis allée les rejoindre pour les défendre.

Ma jeunesse et mon enthousiasme, je les mets au service d’une cause, je les mets aussi au service du socialisme : je ne quitte pas le socialisme mais seulement le Parti.

C’est véritablement cet idéal qui m’anime. Ma jeunesse je la mets au service d’une cause défendue par d’autres sur cette liste, de mon âge, d’autres origines, d’autres communautés et qui sont comme moi, motivés par un projet avant de l’être pour un parti.

La motivation paie semble-t-il puisque vous êtes en quatrième place, une place de combat… Incontestablement, le sp.a vous accorde sa confiance ?

Je considère cette place non pas comme un opportunisme comme on pourrait le suspecter mais bien comme une opportunité. L’opportunité de me battre, de gagner des voix pour défendre ce projet, de convaincre et de rallier des gens à ce projet. C’est donc un challenge politique et personnel à part entière.

Quelles sont les personnalités dont vous sentez proche au sein du sp.a ?

Il y a, vous ne serez pas surpris, Pascal Smet dont et avec qui je porte le projet.

Je pense également à Johan Vande Lanotte, un exemple de force politique qui m’inspire beaucoup de respect et d’admiration.

Je n’oublierais pas Caroline Gennez, une femme, jeune, socialiste, arrivée à la tête de ce parti dans un contexte difficile où le socialisme connait des jours difficiles et que je ne peux que saluer.

Comme elle, vous êtes une femme, jeune de surcroit, est ce difficile encore à l’heure actuelle de cumuler ces deux qualités ?

Combiner les deux exercices, être femme et jeune, dans un parti qui compte encore beaucoup d’hommes, certainement dans les hautes instances et dans une société qui n’est pas encore tout à fait habituée à l’équilibre homme/femme est à mon avis un exercice très difficile que Caroline Gennez réussit avec un grand talent. J’espère faire de même !

Au PS, Certaines personnalités vous marquent surement aussi ?

Bien sur. J’ai un respect très profond pour Laurette Onkelinx. Elle exerce maintenant en politique depuis quelques années et n’a perdu ni de sa conviction ni de sa force à défendre le socialisme au sein des différents niveaux de pouvoir auxquels elle a participé.

Si je devais me ramener à un niveau plus bruxellois mon cœur irait vers Carine Vyghen qui a été une très grande socialiste et n’est malheureusement plus des nôtres pour améliorer le sort des citoyens pour qui elle s’est battue. Pour moi, c’est vraiment LA personnalité socialiste bruxelloise que j’admire.

Puisque j’ai cité 3 néerlandophones j’en citerai 3 à nouveau pour montrer aussi que mon attachement n’est somme toute pas exclusivement féminin. Jean-Claude Marcourt est, à mon sens, un ministre de talent qui connaît et défend ses dossiers avec vigueur et a fait un travail remarquable à la région wallonne qu’il aurait mérité de poursuivre lors de la prochaine législature.

Le sp.a veut du « neuf » pour Bruxelles ? Parlez-nous de ses priorités…

L’emploi à Bruxelles est largement prioritaire. L’emploi à Bruxelles pour les Bruxellois.

Près de 100.000 demandeurs d’emploi pour 2.500 offres d’emplois, 6/10 ème des emplois à Bruxelles qui sont occupés par des navetteurs : aujourd’hui, il faut que Bruxelles se concentre à solutionner son problème de chômage, essentiellement au niveau des jeunes, qui véritablement, handicape l’avenir de la région à moyen et à long terme.

Solutionner l’emploi, ça implique de solutionner la formation et de prendre à bras le corps le problème de l’enseignement. Par exemple aujourd’hui, énormément de familles francophones ou immigrés mettent leurs enfants dans des écoles néerlandophones pour leur donner un maximum de chance. Le bilinguisme est une manière de lutter contre les discriminations à l’embauche et l’accès à l’emploi mais il n’est pas normal que des familles doivent inscrire leurs enfants dans un enseignement qu’ils ne peuvent pas suivre à domicile parce qu’il n’est pas exercé dans la langue qu’ils pratiquent à la maison.

C’est un problème que la région bruxelloise doit régler avec les deux communautés de façon à se donner les moyens de son avenir : il est fondamental que Bruxelles puisse imposer aux deux autres communautés les investissements nécessaires dans l’enseignement à Bruxelles.

La région doit avoir son mot à dire, peut-être pas sur le contenu mais sur le nombre de places ouvertes, sur la qualité des bâtiments.

Est-ce qu’il faut se demander si l’enseignement serait mieux s’il était régionalisé ? Non mais il faut certainement se demander quand la Communauté française sera prête à réaliser les mêmes investissements que la communauté flamande à consenti à Bruxelles ! Il faut que Bruxelles puisse avoir son mot à dire concernant les investissements nécessaires pour former la main d’œuvre nécessaire et les jeunes à Bruxelles.

Quelle majorité souhaiteriez-vous voir se dégager à Bruxelles lors des prochaines élections ?

La coalition actuelle a maintenu une entente tout au long de la législature et il me semble donc positif de repartir ensemble mais avec un projet plus ambitieux à mon goût.

Du côté néerlandophone, je souhaite que le sp.a devienne la première force démocratique de ce gouvernement : je suis partie pour soutenir un projet socialiste et c’est évidemment avec les socialistes que je pense que nous devrions œuvrer dans le prochain gouvernement pour se concentrer sur les spécificités bruxelloises et de défendre le rôle de la Région.

Pour Vous, Bruxelles : ville ou région ?

Bruxelles : Ville-Région évidemment. Bruxelles est une région qui se définit par son côté urbain, ce qui la différencie tant de la Flandre que de la Wallonie.

Bruxelles est avant tout une ville et c’est en tant que telle qu’elle doit devenir une région à part entière à l’égal des autres.

Quid de la coopération entre Wallonie et Bruxelles, entre la Flandre et Bruxelles ?

Bruxelles tire l’économie de ce pays, un peu moins de 20% de la richesse belge est produite à Bruxelles. Bruxelles profite aux deux régions, aux deux communautés et en ce sens là, elle doit veiller à bénéficier d’un maximum de collaboration.

Maintenant Communauté Wallonie-Bruxelles ou Flandre-Bruxelles ? Bruxelles n’est ni en Flandre, ni en Wallonie.

Quid alors de son financement ?

La question du financement est une question complexe qu’il faudra aborder sans tabou dans le sens où il faut prendre conscience des moyens dont dispose déjà Bruxelles qui ne sont pas négligeables.

Bruxelles bénéficie de la loi de financement, bénéficie aussi d’autres financements comme Beliris venant du fédéral pour le développement de sa mobilité, elle bénéficie à Bruxelles-ville d’un complément pour ville capitale, elle bénéficie de moyens supplémentaires pour assurer la sécurité des sommets européens, de moyens complémentaires pour assumer la charge des navetteurs.

Il faudra donc un moment réaliser la masse budgétaire dont elle dispose concrètement.

Ensuite, les tabous doivent être levés pour savoir de quoi Bruxelles a besoin pour assumer son rôle moteur en Belgique, à savoir supporter le fait qu’une grande partie de ses emplois sont assurés par des personnes qui ne vivent pas dans cette région et donc qui ne contribuent pas dans cette région. Supporter le fait que ces personnes viennent à Bruxelles pour travailler, viennent à Bruxelles pour visiter, viennent à Bruxelles pour assister à des congrès et ainsi de suite et donc font supporter à Bruxelles des charges qu’elle assume financièrement toute seule.

Ce débat doit se concevoir à la fois dans le sens d’une révision des moyens qui lui sont attribués mais aussi dans toute une réflexion sur « Bruxelles, métropole urbaine » ou comment peut-on faire en sorte que le financement de Bruxelles soit assuré par l’ensemble des personnes qui en bénéficient, et cela bien au-delà des 19 communes actuelles.

Quid de Bruxelles/Halle/Vilvoorde ?

Bruxelles, c’est 19 communes institutionnellement mais c’est plus de 60 communes si on prend la région urbaine qui intègre le Brabant wallon et le Brabant flamand.

Alors, est ce que la question des communes à facilité est une question qui peut améliorer les conditions de vie de la population bruxelloise dont 1/3 vit au dessous du seuil de pauvreté, je ne pense pas que soit là le véritable débat.

Mais, effectivement, le futur de Bruxelles, passera par la question de la contribution de sa métropole à son fonctionnement.

Autre point sensible à Bruxelles : le logement. Que préconisez-vous en la matière?

La question est vaste. Dupuis avait dit 5000 logements nouveaux, on en a mis une bonne partie en route. Mais c’est toujours insuffisant. Les communes et les CPAS disposent d’un patrimoine de logements inexploités qu’il faudrait peut-être revaloriser et remettre sur le marché. Les surfaces de bureaux sont nombreuses. Ne peut-on pas aujourd’hui réaffecter ces surfaces de bureaux en surface de logements ? Aujourd’hui, le revenu de logements rapporte presque autant que le revenu de bureaux et donc, il y a là à chercher des synergies avec le secteur privé tant pour la réhabilitation de nos logements publics que pour la réaffectation des logements privés et des surfaces de bureaux privés.

Par ailleurs, à Bruxelles, il ne faut pas se limiter à la construction de logements sociaux. Ce qui est fondamental, c’est le logement social et le logement moyen. Qui arrive à Bruxelles ? des jeunes, étudiants locataires. Qui part de Bruxelles ? des couples avec enfants.

Donc, il faut rééquilibrer cette mobilité et ces migrations intra et interrégionales de façon à conserver notre classe moyenne et pour cette classe là, il faut leur assurer un logement moyen.

C’est cette mixité qui garantira que Bruxelles ait les moyens de son développement.

Un Slogan pour ces prochaines élections ?

Sans hésiter : " Bruxelles sans complexes !"

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