Un positionnement francophone regrettable

Posté par: so dans Coups de gueule

Taggé dans: communautés

Ce mardi matin, à la RTBF, Philippe Moureaux, le "patron en chef" du PS bruxellois,  était interrogé à un moment donné tout à la fois sur la présence d'une bruxelloise francophone sur une liste néerlandophone, c'est-à-dire à propos de ma présence sur la liste du Sp.a, ainsi que sur le sens à donner au nouveau mouvement intitulé Probruxsel.

A la première question posée, point de réponse directe. Philippe Moureaux feint, en très vieux renard de la politique qu'il est incontestablement, de n'avoir rien entendu et ignore superbement le sujet.

Il se dit convaincu par aileurs que, s'il faut des listes bruxelloises représentatives de la population régionale, il faut surtout continuer à protéger les minorités par le biais de partis qui, comme le fait de manière systématiquement racoleuse le PS depuis trois élections à tout le moins, mettent sur leurs listes des candidats dont la mission est de plaire à leurs ressortissants pour ratisser des voix à l'avantage de leurs couleurs. C'est ce que l'on dénomme pudiquement le vote communautariste ..

Suivant cette façon de concevoir la coexistence de toutes les communautés au sein de notre Ville Région, on aurait pu penser que, parmi ces minorités, les néerlandophones de Bruxelles étaient tout aussi dignes de considération que les minoritaires d'autres communautés présentes dans la vie de tous les jours de notre Ville Région. Mais qu'en est-il exactement??

A cet égard, j'ai eu l'occasion de me rendre compte, lundi soir, à quel point il y avait, dans les discours des partis francophones, loin du verbe à la réalité.

Lundi soir en effet, à la Maison de l'Amerique Latine, il y avait, ainsi que j'ai eu l'occasion de vous le signaler dans un billet précédent, un débat sur l'avenir de Bruxelles. Un débat qui donnait la parole à cinq femmes, représentatives des quatre grands partis francophones traditionnels et du sp.a pour ce qui me concerne. A cette occasion, qui constituait pour moi une espèce de baptême du feu puisqu'il s'agissait de ma première sortie face à un public, j'ai été amenée, parfois très durement à mon détriment, à devoir faire plusieurs constats.

Le premier est que les représentantes des quatre partis francophones semblaient parler d'une seule et même voix tant leur discours était fait du même bois et des mêmes propositions qui, même si elles sont intéressantes pour le devenir immédiat de la Région, n'apportent aucun souffle nouveau au devenir de celle-ci. Comme ces discours ne disaient pas plus comment les nouvelles mesures préconisées allaient être financées, les représentantes des partis francophones, poussées par les questions de l'assistance, se limitèrent à suggérer que le financement proviendrait du résultat des négociations sur les réformes institutionnelles qui auraient lieu après les élections. Pauvre recherche de stabilité financière pour Bruxelles de la part de ces partis qui se sont déjà délibérément mis en position de quémandeurs.... 

Le deuxième constat qu'il m'a été donné l'occasion de vivre et de ressentir est l'extrême violence du propos tenu par certaines de mes collègues vis à vis des ressortissants nationaux qui parlent la langue de la communauté majoritaire du pays. Le PS et Ecolo ne parlent pas de Bruxellois néerlandophones ou de Néerlandophones bruxellois. Ils parlent "des Flamands". Quel que soit le sujet traité : la crise économique, les sans-papiers, le manque de financement de la Région, l'impossibilité de mener une grande politique de l'enseignement du néerlandais à Bruxelles: la Flandre est immanquablement pointée du doigt comme étant la cause unique de tous les malheurs de Bruxelles et de ses habitants.

Et la Wallonie? Ce n'est pas le sujet. Et le propos tenu quelques jours auparavant par Happart? C'est celui d'un retraité de la politique dixit la « camarade » de son parti.

Le discours tenu par mes quatre collègues fut, je dois bien le reconnaître, assez difficile à supporter tant, qu'il s'agisse de problèmes qui n'avaient pas été réglés ou qu'il s'agira de régler après les élections par des négociations intra-communautaires, le propos se faisait tout de suite dénonciateur de l'attitude qu'aurait eue ou que ne manquera pas d' avoir toute la communauté flamande. L'ostracisme en plein.

Les représentantes des deux partis francophones précités en ajoutèrent même une couche, ainsi que la soi-disant modératrice de service d'ailleurs, en se comportant à mon égard comme si le parti démocratique que je représentais n'était qu'une anecdote dans l'histoire de notre Région et comme si  l'ouverture faite par un parti flamand à une francophone n'avait aucune signification.

De fait, j'ai découvert ainsi combien pouvait être dur et âpre le sentiment que doivent éprouver les Bruxellois néerlandophones quand ils sont ainsi méprisés ou carrément rejetés par ces partis qui, par ailleurs, n'ont que des mots comme multiculturalité et/ou interculturalité dans leur programme pour parader et apparaître plus progressistes les uns que les autres.

Faut-il rire de pareille attitude des principaux partis francophones à l'égard de plus de 10 % de la population bruxelloise ou faut-il en pleurer ? Comment croire encore en la sincérité de leurs leaders quand ils prônent, en s'adressant de toute évidence à tous les électeurs à l'exception des Bruxellois flamands, la mixité ou la chasse à toute forme de ségrégation?

Pour ma part, ce sont là des attitudes et des discours qui sont voués à disparaître demain à Bruxelles. Quand des idées telles que celles émises par Pascal Smet en matière d'élargissement de la Région, de simplification des organes institutionnels et de création de nouveaux équipements propices au bien-être de toute la population bruxelloise gagneront du terrain et deviendront le fil conducteur de la Région de demain.

Une Région où chacune et chacun, Belges ou non, seront reconnus à l'égal, je dis bien à l'égal, des autres, non seulement au sein des institutions en place mais surtout dans la vie de tous les jours. Une Région où il convient, pour les plus de 170 nationalités qui la composent, d'avoir le sentiment que l'on est réellement chez soi.

Tel est mon credo. Telle est aussi ma fierté de faire partie d'un parti qui s'est résolument engagé dans cette voie. Un parti qui, c'est ma conviction de Bruxelloise socialiste, s'est doté à Bruxelles d'un programme appelé à construire le Futur de notre Ville Région.

Commentaires (0)add
Ecrivez un commentaire

busy