Dans une carte blanche qu'il signe ce mercredi dans le journal « Le Soir », Benoît Cerexhe répond au professeur Philippe Van Parijs qui, la semaine passée, avait préconisé la constitution de partis bilingues à Bruxelles en pointant du doigt la réponse pour le moins réservée que le Ministre CdH avait faite lors de la séance de clôture des Etats-Généraux de Bruxelles.
Petit rappel des faits:
Lors de la séance de clôture des Etats-Généraux de Bruxelles (voir mon billet), le meneur des débats, Philippe Van Parijs, avait, notamment, posé aux huit hommes (vous vous souvenez ?) politiques représentant les huit partis démocratiques les plus significatifs de la Région bruxelloise la question suivante : « Vous vous trouvez à côté de quelqu'un qui à la fois appartient à la même famille politique et est citoyen de la même ville que vous. Et pourtant vous n'êtes pas membres du même parti ? Estimez-vous probable et/ou souhaitable que vous le deveniez bientôt ? ». A cette question lourde de sens politique, les réponses fusèrent dans toutes les directions.
Du côté Ecolo/Groen, ils la jouèrent en duo, c'est-à-dire répondant à deux voix et voulant montrer ainsi qu'ils étaient très proches l'un de l'autre déjà.
Du côté libéral, ils firent entendre qu'il n'était pas nécessaire d'avoir un parti bilingue dans la mesure où les deux partis se vouaient une grande estime réciproque.
Pour compte du PS, Charles Picqué s'en tira par une pirouette pour ne pas devoir se prononcer tandis que, pour sa part, Pascal Smet affirma sans détours qu'il verrait d'un bon œil la constitution d'un parti bruxellois, n'hésitant pas à ajouter qu'il était également contre l'imposition faite à l'électeur de devoir choisir tout d'abord pour un Collège électoral français ou néerlandais avant d'avoir accès sur l'écran aux listes (enfin une partie seulement) présentées lors des prochaines élections.
Du côté chrétien, on se montra moins oecuménique puisque, après que Steven Vanackere ne se fut pas trop engagé, Benoît Cerexhe exprima, sans langue de bois je tiens à le souligner, tout le mal qu'il pensait de l' idée avancée par Philippe Van Parijs. Non content de considérer celle-ci comme une réécriture à l'envers de toute l'histoire institutionnelle du pays, il se lança et n'hésita pas, sachant pourtant qu'il allait à contre-sens du sentiment général de l'assemblée, à dire que son point de vue tenait au fait qu'il ne fallait pas oublier les nécessaires et indispensables solidarités entre les francophones de ce pays, qu'ils habitent Bruxelles, la Wallonie ou la périphérie bruxelloise.
C'est précisément parce que Philippe Van Parijs avait qualifié la semaine passée son propos de « tiédeur christiano-humaniste » que Benoît Cerexhe revient à la charge ce mercredi dans une carte intitulée « M.Van Parijs, ceci n'est pas de la tiédeur ! » et remet le couvert en matière de cocoricos aux accents les plus francophonissimes.
Le Ministre CdH saisit l'occasion d'apparaître comme étant, l'espace d'un instant, celui qui tient le discours le plus flamboyant en matière de nécessaire union des francophones pour défendre, « face à la Flandre et ses prétentions, la cause de la solidarité interpersonnelle et des propositions qui ne pénalisent ni Bruxelles, ni la Wallonie, ni les francophones de la périphérie.
Je ne suis pas d'accord avec cette manière de concevoir le débat intercommunautaire dans notre pays. Au risque d'apparaître comme le poil à gratter de ces Messieurs Dame, qui présentent également cette particularité de considérer que leur stratégie de repli sur soi dans l'attente de la grrrrrande discussion institutionnelle est la seule qui vaille, je ne suis pas assurée du tout qu'utiliser à satiété des propos inutilement guerriers est la méthode qui s'avérera payante à terme. Pas plus pour la cause des francophones en général que pour celle de Bruxelles en particulier.
Pour ma part, sans nier l'intérêt qu'il y a de toute évidence pour les partis francophones à avoir des vues et une position communes dans la perspective des négociations qui reprendront dès lors que le gouvernement fédéral se remettra à fonctionner normalement (c'est-à-dire en septembre ou après les prochaines élections fédérales anticipées), je pense que Bruxelles n'a rien à gagner de cette espèce de guerre de tranchées dans laquelle les états-majors veulent entraîner les populations francophones de Bruxelles, des communes de la périphérie et de Wallonie face « au roc de l'unité flamande » pour reprendre une nouvelle expression « pur jus » de Benoît Cerexhe.
En agissant de la sorte, les présidents et présidentes des quatre grands partis francophones ne font qu'agiter un chiffon rouge au nez et à la barbe de celles et de ceux qui, effectivement en Flandre, ne veulent pas que du bien à Bruxelles et à la Wallonie. Et qui trouvent ainsi, dans le même temps, toutes les raisons de se montrer plus pugnaces encore et à faire monter la température communautaire.
Cette route n'est qu'un sentier sans issue dans la mesure même où une négociation entamée dans un mauvais climat est une négociation plombée par avance. Bruxelles a tout à gagner, au contraire, à montrer à la Flandre que Bruxellois francophones et Bruxellois néerlandophones peuvent parfaitement s'accorder et qu'ils sont demandeurs de politiques qui, additionnant les moyens aujourd'hui détenus et gérés par les Communautés, seraient destinées à toute la population bruxelloise sans tenir compte de l'identité communautaire ou linguistique des bénéficiaires.
Dans cette perspective, le Sp.a a franchement montré qu'il existait du côté néerlandophone bruxellois une volonté d'œuvrer de cette façon. D'une façon qui se veut pleinement respectueuse des droits et des aspirations de chaque membre de la communauté bruxelloise, qu'il soit néerlandophone ou francophone. Ou inversement si vous préférez.
Pourquoi des formations dites de gauche comme le PS et Ecolo ne pratiquent-elles pas cette même ouverture plutôt que de se cantonner dans une attitude attentiste, voire hostile à l'égard de l'autre communauté linguistique officielle de notre Ville Région ? Est-il interdit de penser qu'ils se rendront bientôt compte que leur alignement sur des thèses aussi radicales que celles développées par le MR/FDF et, comme on peut le voir aujourd'hui encore, par le CdH n'a strictement rien à voir avec une vision progressiste des relations à avoir avec tous les néerlandophones du pays pour qui les problèmes économiques,sociaux et environnementaux sont plus importants que tout le reste?
S'agit-il là d'un vœu pieux ? Même si je réalise bien qu'il s'agit quand même d'un espoir un peu fou, c'est le voeu que je formule. Celui, en fait, de voir notre pays devenir un peu moins surréaliste. Pour que les champions du séparatisme ne finissent pas par triompher....


