Dans un remarquable reportage réalisé grâce au soutien du Fonds pour le journalisme,
Nathalie Cobbaut a publié ce mercredi dans Le Soir le résultat d'un travail qui l'a menée à s'intéresser aux marchands de sommeil sévissant à Bruxelles et aux détestables conditions dans lesquelles doivent vivre ce qu'il faut bien appeler leurs victimes.
Le dossier qu'elle a réalisé est très intéressant. Elle fait clairement apparaître les facettes les plus sordides de cette problématique qui ne cesse de s'amplifier à Bruxelles à mesure que s'accroît la population et que s'étend la pauvreté :
• machiavélisme de ces marchands de sommeil dont certains peuvent gagner jusqu'à 15.000 euros par mois sans être inquiétés,
• impuissance quasi complète des ressortissants étrangers ou belges se trouvant en situation de grande précarité sociale et/ou de grande vulnérabilité juridique,
• le caractère particulièrement odieux et dangereux des biens mis en location,
• le peu de résultats des différents dispositifs existant pourtant à tous les échelons de pouvoir (fédéral, régional et communal) en matière de lutte contre ces comportements dits déviants,
• la réticence de la Justice à donner réelle suite à ces dossiers qui ne sont pas considérés comme prioritaires et qui ne sont traités que lorsqu'il est possible de montrer aux contrevenants qu'il y a gros à risquer en ces cas.
En tant que parlementaire régionale, c'est, après la "plongée" dans certains taudis et la description du modus operandi de ces bailleurs sans scrupules, la partie de l'article consacrée à la Direction de l'inspection régionale du logement (la DIRL) et à son action sur le terrain qui a retenu principalement mon attention.
A cet égard, je voudrais relever ici trois points qui me paraissent devoir être améliorés au plus vite:
1°) le peu d'effectifs dont dispose cette Direction de l'inspection régionale du logement qui est chargée de veiller au respect des critères de sécurité, de salubrité et d'équipement des biens loués et qui, à ce titre, est habilitée à constater les infractions au Code du logement. S'il est bien vrai que les équipes d'enquête ne seraient composées au total que de 9 inspecteurs et de 3 architectes, on se rend compte immédiatement pourquoi, sans mettre en cause la qualité professionnelle de ces agents, la lutte contre les marchands de sommeil ressemble davantage à un concours de sur-place qu'à une course de vitesse;
2°) quand l'inspection est appelée à opérer, c'est-à-dire à faire des visites sur les lieux, elle est tenue, comme la loi l'y oblige, à prévenir le propriétaire de sa venue. Cette obligation d'information va complètement à l'encontre de la raison même pour laquelle l'inspection entend faire son travail. Il serait donc à tout le moins opportun que soit révisée au plus vite cette disposition du Code bruxellois du logement et que soit ainsi éliminée cette obligation faite à la DIRL de prévenir le propriétaire en cas de visites dites d'initiative;
3°) dans un encart intitulé "Pas de coordination" et sous une photo du très séduisant :-) Christos Doulkeridis, ce dernier, qui est rappelons-le le secrétaire d'Etat au Logement, se dit "préoccupé par ce dossier". Il signale aussi qu'il "a rencontré l'an dernier le procureur du Roi de Bruxelles" et qu'il y a été question d'une plate-forme regroupant police, magistrats et administration régionale. Le résultat de cette démarche présentée comme une grande avancée pour mieux soutenir la répression qu'elle ne l'est actuellement ? Nada. Rien.


