A quoi joue la Région avec l'Europe? Il est permis de se poser la question après la décision prise par la Commission européenne d'abandonner son projet visant à implanter un nouveau pôle administratif sur le site de Delta.
Pour bien comprendre la question, il faut se rappeller qu'en 2007 la Région elle-même avait proposé le site de Delta avant de proposer par la suite celui de Schaerbeek-Josaphat lorsque la Commission avait annoncé sa volonté de réorganiser (partie de) ses bureaux. La Commission ne tarda pas à manifester son vif intérêt pour le site de Delta et on peut la comprendre puisque, pas loin du site concerné, la Commission a déjà plusieurs de ses bureaux qui s'y trouvent installés.
La Commission plancha donc bien normalement pendant plusieurs années sur cette idée de nouvelle implantation à Delta. Et c'est ainsi qu'elle fit savoir, il y a quelques mois à peine, qu'elle avait projeté d'y installer son nouveau pôle administratif de ...235.000 m².
A la vue de ces chiffres, La Région clama que ledit projet était trop dense et que la viabilisation du terrain coûtant trop cher, le projet de la Commission n'était pas réalisable à cet endroit. La Commune d'Auderghem, qui voyait avec la venue de nouveaux bureaux de la Commission européenne une grosse perte de revenus en termes de taxes sur les bureaux et d'additionnels sur l'immobilier puisque les instances européennes sont exemptes de taxation, n'avait pas attendu ce revirement de la Région pour dire tout le mal qu'elle pensait de cette éventuelle implantation de nouveaux bureaux européens sur son territoire.
Région et Commune d'Auderghem parlent donc aujourd'hui d'une seule et même voix pour faire entendre à la Commission européenne qu'elle n'est vraiment pas, ou plus, la bienvenue sur le site du Delta alors que, dans le plan régional d'affectation du sol (PRAS) élaboré par le gouvernement régional, cette zone est inscrite en zone administrative. Mais où il est également prévu que, si la Commission ne s'y installe pas (sic), le logement sera prioritaire...
Il ne faut pas être grand clerc en politique pour comprendre que cette "réticence" exprimée sur le plus que tard par la Région n'est qu'une manoeuvre parmi d'autres pour faire en sorte que la Commission aille s'installer sur des terres moins défrichées et pour que le site Delta soit ainsi réservé à des opérations plus rentables à maints égards sur le plan des rentrées fiscales....
Si je peux très bien comprendre le raisonnement qui a amené les Autorités régionales à "réviser" leur point de vue sur l'occupation du site Delta, je ne partage pas du tout cette manière de faire qui consiste tout d'abord à proposer à la Commission de s'y installer et puis ensuite, sans donner un seul instant l'impression de vouloir entrer en discussion avec elle, à l'envoyer à la gare (de Schaerbeek-Josaphat;-))) au nom de ce que son projet était trop dense et devenait, du même coup, irréalisable.
Aujourd'hui, la Commission a fait savoir qu'elle avait décidé tout simplement d'abandonner son projet. Et a laissé entendre qu'elle ne savait pas, ou plus, si elle voulait encore d'un nouveau pôle administratif (faut-il comprendre à Bruxelles?) ou si elle va plutôt se rabattre sur le marché existant. Favorisant de la sorte la promotion immobilière privée et l'éclatement de la fonction administrative dans la Région....
Faute de bonne concertation avec les Autorités européennes, la Région a raté une grosse occasion de fixer un peu plus encore, et en même temps un peu mieux encore, l'ancrage des institutions européennes à Bruxelles. Puisse-t-elle ne pas le regretter un jour quand elle devra constater que d'autres Villes ou d'autres Régions se seront montrées plus coopérantes. Ou, dans la meilleure des mauvaises suites à craindre, quand il lui faudra réaliser qu'il eût mieux valu avoir finalement un nouveau pôle administratif européen là où de nombreux avantages étaient déjà réunis plutôt que de voir les bureaux européens venir se répandre un peu partout dans la Région et rendre celle-ci plus difficile encore à faire vivre...
A jouer avec des allumettes, il y a des risques de mettre le feu là où l'on ne s'y attend pas.Il est vrai que ce ne seront plus les mêmes acteurs politiques qui auront alors à gérer les misères provoquées alors par le manque de vision de ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, se disent être de grands planificateurs du futur de Bruxelles....


