Posté par: so dans Sur le terrain

Taggé dans: urbanisme

C'était en juillet que devaient être déposés les commentaires et avis concernant le projet de Plan régional d'affectation du sol (PRAS) que le gouvernement régional avait soumis, comme il se doit, à enquête publique. Le journal "Le Soir" a, sous la plume de Vanessa Lhuillier, fait tout récemment état de quelques-unes des principales critiques, ou remarques si l'on préfère, que plusieurs organismes et associations ont, comme certaines personnes également, émises à l'encontre de ce document qui trône au sommet de la hiérarchie des plans réglementaires en matière d'aménagement du territoire. 

En effet, il faut savoir qu'il a pour finalité de déterminer l'affectation générale des différentes zones du territoire de la Région, ainsi que les mesures d'aménagement des principales voies de communication. C'est dire qu'il convient de prendre très au sérieux toutes les modifications qui seront apportées à ce texte fondamental dont la dernière formulation date de plus de 11 ans déjà.

Que nous apprend l'article précité? Ce que je retiens en premier est la critique que plusieurs organismes ont faite, tout comme  le groupe du sp.a l'avait également fait d'ailleurs, sur l'absence de logique qu'il y a de devoir se prononcer sur le Pras avant que le Plan régional de développement durable (PRDD) n'ait été établi.

Un point d'éclairage s'impose. Le PRDD est le grand tracé appelé à dessiner les grands principes d'une nouvelle image de la ville. Cet objectif devait être atteint avant les élections communales, et ce, afin de permettre aux nouvelles majorités communales de coordonner leur Plan Communal de Développement (PCD) avec le PRDD. Cela n'est pas encore chose faite alors que cet outil est plus que stratégique : structuré en 4 phases portant sur 2 échelles territoriales et 2 échelles de temps, on ose espérer que le gouvernement aura à coeur de ne plus tarder à le présenter. 

La vision de long terme sera établie à l'échelle du territoire métropolitain bruxellois et à un terme de 2040 tandis que la réflexion à l'horizon 2020 portera sur les mesures qu'il y aura lieu de prévoir dans le cadre du PRDD et pour le seul territoire des 19 communes constituant la Région de Bruxelles- Capitale. Ainsi, on comprend mieux pourquoi toutes celles et tous ceux qui estiment que c'est en quelque sorte mettre la charrue avant les boeufs quand on élabore un PRAS avant même d'avoir reçu la feuille de route du PRDD ont raison. Mais c'est ainsi qu'a agi le gouvernement régional qui n'est pas, on peut encore le réaliser ici, à un anachronisme près.

Deuxième critique forte à l'égard du document ayant servi de pièce à casser: le PRAS ne répond pas, selon plusieurs organismes, au boom démographique, c'est-à-dire au problème de densification de la ville et à la nécessité de nouveaux logements, qu'ils soient neufs ou rendus à nouveau habitables. Le logement tend à être une fonction, ou une préoccupation, de plus en plus forte au sein de la ville. C'est pourquoi le conseil consultatif du logement souhaite que les futures habitations soient rendues autant que possible à la majorité de la population bruxelloise. Pour lui, il faut surtout construire du logement social et moyen.

Quand on sait que, malgré le PRAS, 50.000 personnes éprouveront plus que des difficultés à se loger et que, sans trop le clamer trop haut, le souci des Autorités est de construire du logement pour des personnes susceptibles de ramener avec elles un certain pouvoir de contribution fiscale, on se rend compte déjà ici qu'il sera plus que malaisé de trouver la solution à cette équation aux multiples nécessités.

Troisième angle visé par les critiques émises, la fonction industrielle de la ville est, pour d'aucuns, par trop négligée, voire sous-estimée. Pour le conseil économique et social tout notamment, il est indispensable de sauvegarder des espaces industriels existants même si leur terrain se situe dans une Zemu. Qu'est-ce qu'une Zemu? C'est une zone aujourd'hui dédiée à l'industrie ou aux bureaux qui deviendrait demain une zone où le logement serait prioritaire. Ainsi, dans six zones situées principalement le long du canal, logements et activités économiques devraient, selon l'objectif du gouvernement, cohabiter pour permettre de construire davantage de logements. Toutefois, fait assez justement observer le conseil économique et social, le fait de transformer les zones destinées à l'industrie et aux bureaux en zones de mixité risque, à terme, de réduire le nombre  d'emplois pour les Bruxellois.

Enfin, si l'on ajoute que, selon le conseil de l'environnement cette fois, le volet environnemental du projet déposé par le gouvernement est trop faible dans la mesure où il comporte plusieurs aspects qui seraient, de fait, autant de zones d'ombre ou de terrains où il ne serait possible de construire que des logements de standing, on voit bien que celles et ceux qui auront à intégrer et à rendre compatibles toutes ces exigences et autres réclamations ont plus que du pain sur la planche.

 

Or, le temps presse car la ville ne retient pas son souffle et ne cesse de grandir. Et de grandir aujourd'hui de plus en plus sans ordre et sans dessein....

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