
Je viens de rencontrer des voisins... Je les connaissais par voie médiatique et aujourd'hui, je leur ai parlé et j'ai partagé avec eux un long moment. Ils étaient là, au centre sportif de l'ULB : Felicia, Mustapha, Mohammed, Tarik.
Depuis peu, ils n'ont plus l'électricité. Ils se sont arrangés pour m'offrir une tasse de thé chaud et sucré.
Les médecins se relaient auprès de ces hommes, femmes et enfants en mal d'identité, en grève de la faim depuis bientôt deux mois... Tarik est le premier à venir vers moi. Assis sur son lit de fortune, un matelas de mousse, son unique chez lui, depuis 5 mois déjà, il me confie son mal au dos et ses maux quotidiens.
Il a perdu 19 kilos, sort de l'hôpital et n'abandonne pas pour autant son combat pour la régularisation de sa situation en Belgique. A bout de nerfs, comme la plupart des 280 personnes qui l'entourent, il garde espoir et continue à croire que l'Europe lui offrira une digne place.
Il y a quatre ans, il a quitté le Maroc pour plus de sécurité, croyait-il : en Suisse, on lui offrait un contrat de travail en bonne et due forme. Un contrat à durée déterminé dans une entreprise de construction. Un contrat jamais renouvelé qui l'a conduit vers des travaux saisonniers en Italie et, enfin, au travail au noir, en Belgique.
Au quartier du midi, il a trouvé une chambre de 12 mètres carrés, sans confort pour 150 euros par mois. Dans le bâtiment, on le paie environ 5 euros de l'heure. Il n'a évidemment pas d'assurance, ni n'aura de chômage...à la merci d'un système qui ne le reconnaît pas.
Si vous pensez connaître cette histoire, lui la vit au quotidien.
Comme vous, je me sens impuissante par rapport à sa situation et celle de tant d'autres familles, sans ressources... en attente de réponses de l'Office national des étrangers qui régularisera, s'il le fait un jour, au cas par cas. En attente d'une prise de position enfin cohérente du gouvernement fédéral qui ne cesse de ne pas pas prendre attitude à ce sujet.
Fera-t-il partie des gagnants ou lui faudra-t-il rester coincé dans l'ombre et les dédales administratifs ?
Ici, je tente de lui, de leur donner très modestement un peu de lumière. J'irai rendre visite à mes voisins de l'ULB aussi souvent que je le pourrai, mes voisins venus des quatre coins du monde : plus de 20 nationalités se côtoient, fatigués et, pourtant, conquérants encore...
Et je me ferai, avec mes faibles moyens, le relais citoyen de leur détresse et de leur courage car il est sans doute plus difficile encore de retourner dans son pays que de le quitter. Et, d'ailleurs, après cinq, dix, quinze ans passés, ici, en Belgique, leur pays ne serait-il pas le même que le mien ? Je le pense sincèrement.
Notre pays se veut accueillant, pratique des règles en matière d'immigration qui laisse penser de prime abord que chacun est le bienvenu. « Le miroir aux alouettes » qui, chaque année, fait son lot de victimes.
Je n'ai pas la solution, les « sans papier » non plus. La réalité ne laisse pourtant pas de place au doute... l
La grève de la faim comme seule réponse au désarroi fait froid dans le dos... Les enfants qui continuent à jouer, malgré le va-et-vient du samu et des forces de l'ordre, ne font que gonfler l'immense malaise tangible ici .
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Comité d'action et de soutien aux sans papiers
Coordination pour la régulation



A la recherche bien souvent d'un contrat qui leur permettrait de transformer leur petit carton orange en papier blanc, un titre de séjour qui leur permettrait de rester un an de plus avoir de connaître une décision définitive dans leur dossier. Ils sont encore une 30aine à l'ULB.
Tarik est l'un d'eux. Je le rencontre tous les jours dans ses recherches pour ce fameux contrat de travail, dans la construction surtout. Il est spécialisé en électronique pourtant ...
Ses moyens, comme les miens, sont limités mais j'essaie dans la mesure du possible de lui apporter mon soutien, une écoute en tout cas.
Leur grève de la faim leur a laissé des séquelles fortes et, même s'il est humainement heureux qu'elle ait pris fin, force est de constater que la Ministre Turtelbaum a réussi à casser l'union de ces citoyens "de seconde classe" et à museler les réclamations justifiées visant à régler le sort de milliers d'entre eux.
La question traîne toujours sur la table. Hélas ...