Ou « la course, perdue, du megacomplexe » . C'est dans le journal « Le Soir » de vendredi que j'apprends la nouvelle : le « Uplace Machelen tue le Heysel ». L'article, signé Francis Dubois, est intéressant à plus d'un titre sur la question du développement des activités économiques en Région bruxelloise.
Je campe d'abord le sujet. « Uplace Machelen » est le nom donné à un centre commercial de très grande envergure : 55.000 m² nets de surfaces commerciales - 22.000 pour des sociétés et 27.000 m² dédiés au secteur Horeca et aux loisirs. Situé au pied du viaduc de Vilvoorde, c'est-à-dire à moins de 500 mètres des limites actuelles de la Région bruxelloise, il devrait être opérationnel à la fin de décembre 2014.
Ce projet prévoit également 50.000 m² qui seront destinés à des espaces de promenade, à des aires de divertissement et à des zones récréatives d'une part et 40.000 m² qui seront affectés à la construction de bureaux d'autre part. Il s'agit d'un projet quasi semblable à celui dont il est (était ?) question dans le Plan de Développement International adopté par le gouvernement de la Région bruxelloise à la fin de 2007 et qui devait (aurait dû ?) trouver place sur le plateau du Heysel.
La différence entre les deux ? C'est que le premier, qui a fait l'objet d'une convention entre le gouvernement flamand, la commune de Machelen, l'administration flamande de l'environnement et les promoteurs immobiliers, a été présenté officiellement à la presse le 18 mai dernier à Machelen. Le second lui en est toujours au stade de simple idée qui, faute d'une large concertation menée par le ministre de l'économie, a été bien plus critiquée par les professionnels du secteur de la distribution et des classes moyennes (sans parler des habituels contestataires de tout ce qui est passible de changer l'ordre des choses à Bruxelles) qu'elle n'a été soutenue ou irriguée par une volonté affirmée de lui donner réellement corps.
Aujourd'hui Charles Picqué et Benoît Cerexhe affichent bien plus un visage de mauvais perdants que celui de politiques qui ont tout fait pour ne pas se retrouver aussi largement devancés dans cette course au megacomplexe.
En déplorant le manque de concertation de la part des promoteurs immobiliers et en avançant des arguments qui ne résistent pas toujours à l'analyse, nos deux ministres ne cherchent-ils pas plutôt, histoire de ne pas perdre la face en cette période électorale, à cacher le manque d'initiatives prises par le ministre de l'économie pour organiser une concertation en bonne et due forme ? Avec tous les secteurs concernés tant au sein de la Région qu'en dehors de celle-ci et pour proposer à des promoteurs intéressés par un projet d'une telle ampleur des terrains et des formes de soutien qui auraient eu une réelle consistance..
Cela étant, faut-il faire de cette affaire un fromage comme on dit à Bruxelles ?
Non, personnellement, je ne le pense pas. Pour trois raisons au moins.
Un, le projet d'implantation d'un megacomplexe en Région bruxelloise n'est pas assez mûr en termes d'élaboration et de concertation que pour pouvoir le consommer à brûle pourpoint. Il se trouve toujours inscrit dans le cadre du Plan de Développement International de Bruxelles. Restera donc à voir s'il a toujours sa raison d'être et, si oui, où et à quelles conditions.
Deux, le soutien du petit commerce et la création de pôles de développement dans la Ville où ce dernier pourrait se déployer au mieux me paraissent être des pistes plus intéressantes à suivre dans l'immédiat que celle qui consistait pour certains à vouloir ériger un tel megacomplexe à la lisière de la Région flamande juste pour faire pièce au projet dont il était question à « deux pas de chez nous »...
Trois, parce que je crois fondamentalement que les frontières de Bruxelles sont appelées à bouger, au Nord comme au Sud et à l'ouest comme à l'Est, et que plus se réaliseront en Région flamande, et ce juste en bordure des limites actuelles de la Région bruxelloise, des projets de construction et d'expansion, tel ce Uplace Machelen, plus ils ont de chances de devenir un jour bruxellois. Ou, à tout le moins, de se retrouver dans une zone de coopération interrégionale qui fera l'objet d'une gouvernance où le gouvernement bruxellois se trouvera pleinement impliqué.
Quand ces lignes bougeront-elles ? Plus vite qu'on pourrait l'imaginer dès lors que le paysage politique belge sera débarrassé de celles et de ceux qui n'existent, politiquement parlant, que par l'avivement de brûlots communautaires...


