Posté par: so dans Sur le terrain

Taggé dans: Logement

C'est ce dimanche qu'aura lieu la manifestation organisée par un collectif d'associations qui réclameront des pouvoirs publics l'adoption d' une série de mesures pour donner vie réelle au concept de « Droit à l' Habitat pour tous ».

Je serai aux côtés des manifestants pour soutenir leurs revendications. Depuis une bonne dizaine d'années, la situation sur le marché bruxellois du logement est plus que critique. Il est de plus en plus difficile de trouver encore un logement correct et abordable à cause de la hausse des prix en général et du logement en particulier d'une part et de la rareté de l'offre d'autre part. Il n'y a pas longtemps encore, c'était en 2002, l'Observatoire de la santé et du social à Bruxelles avait consacré son huitième rapport sur la pauvreté à la problématique du logement.  Sa conclusion est toujours de brûlante actualité: "Le parc du logement bruxellois est dans un tel état qu'il ne suffit pas d'adapter légèrement la politique.  Une politique publique clairement volontariste et proactive doit être menée".

Les faits sont là, aussi tragiques qu'implacables, qui donnent sens à cet appel.

  • Celles et ceux qui s'endettent jusqu'au cou pour payer leur maison ou régler leur loyer sont de plus en plus nombreux . Tous les services sociaux clament de plus en plus haut et fort leur impuissance devant l'augmentation régulière du nombre de ménages totalement étranglés par leurs problèmes financiers. La majorité des locataires bruxellois (54%) dépense, pour pouvoir se loger, une somme qui oscille entre 41 et 65% de l'ensemble des ressources du ménage, alors que le quart (du budget global) constitue la limite communément admise.
  • Le niveau des revenus de remplacement - et même des salaires minimaux - ne permet pas, après le paiement de tous les frais de logement, de vivre d'une manière décente.
  • Le nombre de sans-abri à Bruxelles est estimé à +/- 1.500. Le nombre total de personnes non-enregistrées logeant en rue est également loin d'être connu avec précision.
  • Le lien entre le loyer et la qualité d'un logement a disparu, en particulier pour les logements de qualité inférieure.
  • Le nombre de taudis et de logements déclarés insalubres est en augmentation.Il n'existe pas plus de chiffres précis concernant l'inoccupation des immeubles mais, selon les sources les plus fiables en lamatière, cette inoccupation toucherait entre 5.000 bâtiments et 25 à 30.000 logements. Malheureusement, ce n'est pas l'adoption dans les dernières secondes de la législature d'une ordonnance molle à ce sujet qui viendra grandement contrarier les propriétaires peu soucieux du bon entretien de leurs biens.... 
  • Tous les services sociaux connaissent des marchands de sommeil. Mais, pourtant, personne ne connaît le nombre total de marchands de sommeil et de ‘loueurs de matelas'. L'intervention du parquet fédéral cache un sérieux manque d'initiatives de la part des pouvoirs communaux et régionaux..
  • 32.000 ménages sont sur la liste d'attente du logement social à Bruxelles.
  • Le nombre de logements sociaux atteint à peine les 40.000 logements, ce qui représente moins de 8% du parc immobilier bruxellois global. C'est beaucoup trop bas en dépit des efforts méritoires, mais souvent mal menés au cours de cette dernière législature, par une Ministre qui avait pourtant promis de décrocher la lune au début de son mandat.

En un mot comme en cent, Bruxelles est en véritable situation de crise en matière de logement et les perspectives ne sont pas encourageantes.

Les loyers ont augmenté plus que la croissance autorisée par la législation et plus vite que l'augmentation des salaires et des allocations sociales, provoquant ainsi le développement d'une demande sociale de logement. C'est  bien pourquoi il conviendra de presser le gouvernement fédéral pour que les loyers puissent être stabilisés ou encadrés au plus vite. 

Le marché immobilier tourne à plein régime et rend l'accès au logement encore plus problématique pour les familles défavorisées ainsi que pour les familles des classes moyennes.

Par ailleurs, l'appauvrissement d'une partie de la population bruxelloise a comme conséquence de freiner leur accès au logement sur le marché privé. Le nombre de logements sociaux est trop petit et ils affichent complets.

L'offre restreinte de logements à bon marché et l'énorme demande des familles à revenus limités pour ce type de logement font qu'on retrouve une situation identique à celle du 19ème siècle : marchands de sommeil et logements insalubres.

Il faudra lutter sur les deux fronts : la chasse aux marchands de sommeil et aux immeubles inoccupés d'un côté et développement d'une politique régionale beaucoup plus active en ce qui concerne la mise à disposition de logements accessibles à des personnes ou ménages disposant de revenus modérés d'un autre.  En termes de soutien financier aux jeunes ménages et aux personnes aux revenus modestes pour qu'ils puissent avoir accès à du logement de qualité ou pour devenir propriétaires. Car il est bon de savoir qu'il y a en fait très peu de ménages propriétaires à Bruxelles : 41,4 % contre une moyenne de 75 % dans le reste du pays.

Avec le concours d'associations qui oeuvrent heureusement dans le domaine, il faut s'attaquer à cette crise du logement à Bruxelles. Bon nombre de mesures à prendre sont transversales et concernent de fait des matières qui ont été couvertes jusqu'à présent par d'autres Ministres du gouvernement régional (Finances, Travaux publics, Environnement, ...).  Je me verrais bien proposer que cette compétence, qui devra être à la fois élargie et plus dotée au niveau du pouvoir régional, fasse directement partie des matières relevant de l' Autorité du Ministre-Président (ou de la Ministre-Présidente?) du prochain gouvernement.

Histoire aussi de lancer un signal fort comme quoi, cette fois, le Gouvernement régional bruxellois prendra cette problématique réellement à bras le corps.

Commentaires (1)add
sophie
Sur tous les fronts
Par jean clavier , May 18, 2009
Vous êtes décidément sur tous les fronts: logement, emploi, sans-papiers, mobilité, etc... Je vous suis pas à pas et suis fatigué à votre place.Il est vrai que je ne suis plus de toute première jeunesse. Cela fait plaisir de voir un tel enthousiasme et, surtout, une telle détermination. Cela étant, avez-vous le sentiment que le public sera, comme je le suis, sensible à votre démarche et à vos efforts pour créer cette adhésion sans laquelle il ne vous sera pas possible d'être élue? Quand je vois la façon dont cette campagne plonge vers le bas pour ne plus laisser place qu'aux invectives et aux arguments à deux sous, je me demande si le public peut encore être gagné par une manière de faire telle que la vôtre qui cherche à rassembler et à donner de l'espoir en un futur meilleur. Je l'espère de tout coeur pour vous et pour les idées que vous défendez avec élégance.
Abus
intéressant
pas intéressant
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