Une culture pour toutes les bourses
Posté par: so
dans Bruxelles ma belle
le May 25, 2009
Fallait-il que le privé s'en mêle pour que notre patrimoine culturel reprenne des couleurs à Bruxelles? En avant-première mercredi dernier (pour le Roi et des invités dits de marque) et le 2 juin prochain pour le grand public, le musée Magritte a ouvert ses portes après plusieurs mois sous bâche.
Il offre à l'artiste la place qu'il méritait incontestablement au sein de notre ville :2 500 mètres carrés, 5 niveaux, dans l'hôtel Altenloh, place royale au coeur du centre historique et touristique.
Pour la première fois depuis le centenaire de l'anniversaire de sa naissance, en 1998, René Magritte reprend ainsi de l'importance dans notre pays si l'on excepte le moment où, c'était lors de la présidence belge de l'Union européenne, le célèbre "chapeau melon" imaginé par le peintre avait été mis à l'honneur en devenant le symbole de notre intervention.
En effet, jusquà présent, en dehors de toiles exposées dans les musées nationaux, seule la maison du peintre était ouverte au public bruxellois. Une maison peu connue en réalité... perdue dans la rue d'Esseghem à Jette et dont la particularité est de n'offrir à découvrir au rez-de-chaussée qu'une infime partie du lieu qu'occupèrent le peintre et Georgette, son épouse : le salon, la chambre et la salle à manger du couple, à peine la cuisine. L'ensemble derrière des cordons de sécurité. Aux étages : des pièces vides et tout au plus quelques vitrines contenant lettres et dessins d'amis fidèles. Parfois, par chance, du maître lui-même.
C'est donc avec joie qu'il faut accueillir l'ouverture du musée dédié à l'artiste surréaliste, à la renommée mondiale. Un musée qui, à coup sûr, va drainer son lot de touristes et d'amoureux de l'art. Une aubaine à n'en pas douter pour la Région même si celle-ci a été d'une remarquable passivité dans cette mise en scène.
Car, il faut le souligner, le moteur de l'opération est essentiellement privé. En effet, c'est en très grande partie à Charly Hercovisci, le président de la fondation Magritte, et au groupe français GDF Suez que l'on doit la remise en l'état des lieux et leur affectation à une activité culturelle. A se demander si la "générosité" et le mécenat des multinationales sont devenus, en matière de culture, les seuls et uniques garants du développement international de la capitale au plan culturel? Voilà qui ne serait pas pour nous rassurer !
D'autant que, dans le même temps, le prix des entrées a été augmenté: 8 euros en moyenne. Voilà ainsi le prix d'entrée au musée élevé d'un coup à la hauteur de celui d'une salle de cinéma. On voit bien par là vers quelle dérive nous voguons à grande vitesse si nous n'y prêtons garde: la culture avec des produits d'appel réservées à celles et ceux qui peuvent se le payer d'une part, la culture faite d'activités ou d'expositions de moindre éclat pour les moins munis ou sans le sou d'autre part. La dualisation la plus inacceptable en somme.
Il sont bien plus nombreux qu'on ne le croit celles et ceux qui n'ont jamais vu une exposition ou assisté à un concert. Pas par faute d'intérêt. Tout simplement parce ce que les lieux eux-mêmes leur semblent inaccessibles et seulement réservés à des gens aisés ou à des touristes de passage.
Pourtant, de nos jours, la gratuité n'est plus un simple concept. Pascal Smet Smet l'a d'ailleurs compris, lui qui a voulu que soit installé un écran géant sur la place Flagey pour permettre, quand l'occasion s'en présentera, la retransmission gratuite d'événements culturels ou sportifs de réelle envergure.
Reste bien évidemment à s'inspirer de cet exemple! Pour moi, comme pour le sp.a, il est impensable au 21ème siècle de continuer à penser que le "beau" ne s'adresse qu'à une partie de la population. La rue doit servir d'écran permanent à la culture tout comme celle-ci doit être constamment ouverte à celles et ceux qui y habitent. La ville doit être un support à l'enrichissement de l'esprit et c'est bien pourquoi, dans cette dynamique d'interaction permanente, la culture, sans parler ici de l'expression artistique et de l'épanouissement par le développement des talents, doit être accessible à toutes les couches sociales.
Descendre la culture de son piédestal de classe pour la rendre réellement accessible est la ligne qu'il s'agit de suivre : désacraliser l'art et faire des musées publics ou des lieux privés soutenus par le secteur public, des endroits qui soient autant fréquentés par toutes les conditions.
Ce qui demandera créativité et forte volonté, à commencer par regrouper tous les acteurs culturels de la place ainsi que les moyens financiers nécesssaires pour mutliplier les activités culturelles et artistiques. L'enjeu est important et il vaut la peine de se décarcasser car l'accès gratuit (ou à un tarif réellement abordable) à la culture est la seule option qui soit valable et digne de nos jours.
