Avant l'onde de choc du remembrement de Dexia
Posté par: so
dans Sur le terrain
le Oct 11, 2011
L'Etat nationalise Dexia. L'Etat rachète Dexia. Montée en puissance de l'Etat dans Dexia. Peu importe la formule pour la qualifier, l'opération « sauvetage » de Dexia a bel et bien eu lieu. L'Etat mettra la main à la poche pour voler au secours d'une banque qui prenait à ce point l'eau qu'elle n'avait plus que le fond pour seul horizon, c'est-à-dire la faillite. Tel est l'épilogue de la chronique d'une mort annoncée.
Il faut certainement se réjouir de voir qu'une solution ait pu être trouvée pour sauver ce qui restait à sauver et pour empêcher une autre issue qui aurait été plus catastrophique encore pour les finances de l'Etat, les Régions et les Communes mais aussi et surtout pour celles de tous ceux qui auraient été touchés, directement ou indirectement, par la disparition de ce que l'on a appelé longtemps la banque des communes. Mais il y aussi vraiment lieu de s'inquiéter sur les suites du montage qui a été « ficelé » au cours de ces dernières semaines entre Belges, Français et Luxembourgeois pour la répartition des parts à « acheter » ou à « garantir ».
Les responsables fédéraux, Yves Leterme et Didier Reynders en tête, se voulaient certes rassurants dimanche après-midi au sortir de la réunion au cours de laquelle ils avaient, en compagnie de François Fillon et du Ministre des finances du Luxembourg, décidé de la façon dont Dexia serait démantelée. De fait, on n'entendait là que la répétition de ce que ces mêmes acteurs avaient déjà dit il y a trois ans quand, la main sur le coeur, ils avaient assuré que la recapitalisation faite de plusieurs de nos banques, dont Dexia, n'allait rien coûter aux contribuables et allait permettre à nos banques, dont Dexia, de résister désormais aux grands vents de l'économie mondiale...
Il n'empêche. Les pertes sont déjà sévères pour nombre d'acteurs. Rien que pour ce qui concerne les opérateurs publics belges, La Libre Belgique estimait ce lundi, sur la base d'un cours de bourse de l'action Dexia fixé à 1 euro par rapport à la valeur de cette même action dans les comptes des entités citées ci-après, le montant de ces pertes à 7,4 milliards : 2 milliards pour ce qui concerne le Holding communal d'où proviennent les dividendes qui revenaient aux communes, 2,4 milliards pour le groupe Arco dont les fonds propres n'existeront quasi plus, 200 millions pour Ethias, 1.900 millions pour les 3 Régions (dont 15 % pour la pomme de la Région de Bruxelles- Capitale ...) et 900 millions pour l'Etat lui-même. Comme on le voit, l'ardoise de la dévalorisation des actifs publics de Dexia est pour le moins salée pour l'instant.
Personnellement, ce qui m'inquiète le plus est l'effet en cascade que cette importante et indispensable recapitalisation opérée par le pouvoir central va avoir sur beaucoup d'autres tableaux, comme le coût direct de ce refinancement en termes de charges d'intérêts, l'évaporation complète pendant un certain temps des dividendes revenant aux communes et la compensation que ces dernières devront trouver pour équilibrer leurs comptes annuels, la place que ces diverses interventions à venir va prendre dans le budget régional, la fragilisation du Holding communal qui se trouve à son tour au bord du précipice et qui expose plus que dangereusement tant les avoirs des Communes que les garanties des Régions, le renchérissement des emprunts à contracter pour couvrir les futurs investissements publics, le devenir de cette « banque dite résiduelle » où l'on va concentrer ainsi une centaine de milliards d'obligations invendables sans pertes et, last but not least, la menace que toutes ces dévalorisations d'actifs peut finalement faire peser sur la notation financière de l'Etat belge ainsi que sur celle de nos Régions ou inversement...
Lire déjà "Wat wist federale regering over Dexia ?"
