Selon le rapport annuel 2011 de l'Onem, le nombre de chômeurs complets indemnisés atteignait l'an dernier 8,2% de la population active. Le chômage a été ainsi, en 2011, à son plus bas niveau depuis 20 ans. Voilà une information réjouissante et réconfortante, surtout pour toutes celles et tous ceux qui, comme cela a été manifestement le cas tant en Wallonie qu'en Flandre, ont pu sortir du cortège sans joie des sans emploi.
La nouvelle serait même carrément emballante si cette régression du chômage constatée en 2011 avait concerné la Région bruxelloise de manière aussi positive qu'en Flandre et, surtout, en Wallonie. On est assez loin du compte, très loin même, puisque pendant que le chômage baissait de 6,2 % en Wallonie et augmentait très légèrement en Flandre (+ 0,2%) entre 2007 et 2011, le nombre de chômeurs bruxellois connaissait durant cette même période un très fâcheux bond en avant: 7,2% !
Voilà qui indique à tout le moins que notre Région se trouve là, comme c'est déjà le cas en matière de logement et d'infrastructures collectives (écoles, crèches, maisons de repos, voiries et installations sportives), face à un problème de très grande envergure. Si l'on se réfère aux chiffres plus récents, soit entre 2010 et 2011, la tendance serait moins alarmiste puisque le taux de chômage aurait alors baissé de 0,2% à Bruxelles ... mais il n'en demeure pas moins vrai que, pendant cette même période, les chiffres indiquent que le chômage a diminué de 6,3% au Nord du pays et de 3,1 % dans le Sud.
Bref, une évidence s'impose: Bruxelles est la dernière de la classe belge en matière de diminution du chômage. Comment expliquer ce qui ne manque pas de heurter quand on sait que, dans le même temps, notre Région recense 16,6 % des emplois du pays d'une part et qu'elle est classée 3ème région la plus riche d'Europe d'autre part?
Lors de la présentation de ce rapport, Georges Carlens, l'administrateur général de l'Onem, a avancé une série de raisons que l'on connaissait déjà et que je reprends ici: "La population est très jeune, il y a beaucoup de personnes moins qualifiées, l'évolution démographique joue également en défaveur de l'emploi bruxellois et, a-t-il ajouté en dehors de ses notes, beaucoup d'emplois sont occupés par des navetteurs qui privent les Bruxellois d'emploi dans la capitale".
Même si toutes ces raisons sont valables, Bruxelles est plus qu'à la traîne dans le domaine de l'emploi. C'est ainsi que la pauvreté ne cesse de s'étendre dans de nombreuses couches de la population d'une part et que les revenus de cette même population bruxelloise ne cessent de faiblir par rapport à ceux des deux autres régions du pays.
Faire ce constat ne suffit évidemment pas pour apporter la ou les solutions nécessaires pour le juguler. Bien d'accord mais qui est au pouvoir en Région bruxelloise et qui ne manque pas de sortir un communiqué de presse de type triomphaliste dès lors qu'un élément statistique peut donner à penser que la "politique de l'emploi" du gouvernement bruxellois est l'acteur principal d'une embellie momentanée ?
Aujourd'hui, ce dernier vient de dépasser la mi-parcours de son mandat. L'heure est donc venue de faire le point et de mesurer avec objectivité et gravité les résultats des différentes mesures qu'il avait prévues en matière d'emploi dans sa déclaration initiale pour "donner sa chance à tous". Oui quid par exemple de la création d'emplois nouveaux dans des secteurs porteurs d'emploi ? Ou de la promotion de la diversité et de la lutte contre les discriminations ? Quid encore des résultats de l'investissement dans l'activité économique pour créer des emplois nouveaux ? Les emplois nouveaux sont-ils revenus aux Bruxellois ou sont-ce les habitants des deux autres Régions du pays qui en ont bénéficié ?
Oui, toutes ces questions et bien d'autres encore, je pense que l'on est en droit, sinon en devoir, de (se) les poser pour affronter ce problème majeur qu'est le chômage en Région bruxelloise sans fatalisme ni tabous. Et pour que soit donnée une vraie chance à celles et ceux qui sont aujourd'hui les rejetés du monde bruxellois du travail


