Je termine la lecture de la presse de ce lundi et deux articles ont tout particulièrement retenu mon attention. L'un, signé Christian Laporte dans La Libre Belgique parle de la 2ème Université d'été d'Aula Magna qui s'est tenue samedi à l'école Saint-Louis et où il fut abondamment question des problèmes de logement, d'enseignement et de développement démographique que connaît notre Région. Le second est signé Catherine Makereel et aborde dans les pages Culture du Soir la question suivante "Y a-t-il trop de théâtres à Bruxelles" ?
J'ai apprécié ces deux articles car, sans concertation aucune, ils mettent au grand jour le mal qui est celui de notre Région, l'absence de véritable identité ou, à tout le moins, le manque de ligne claire dans la conduite des affaires qui conditionnent aussi bien le présent que le futur des habitants et des visiteurs de notre Région.
Même si je ne suis pas du tout d'accord avec ce que, sans nuances, Eric Corijn ne cesse de répéter sur "l'aversion des politiques sur la complexité des grandes villes" et sur l'organisation des partis politiques "qui ramènent tout au linguistique" sans jamais faire état de l' évolution qui se fait en matière de rapprochement entre les deux grands courants communautaires au sein de certaines formations politiques, je partage, par contre, entièrement son analyse quand il affirme que les "vraies réalités" ne sont pas (assez) abordées et que notre Région souffre avant tout d'un blocage qui "condamne à maintenir des formes de gouvernance irrationnelles, irresponsables, avec une région et deux Communautés, avec une ville et 18 communes, avec une multitude de tutelles, sans hiérarchie et sans projet commun".
"C'est parce qu'on nous interdit une gouvernance et des moyens d'une grande ville que les crises s'éternisent: celles du logement, de l'emploi, de l'enseignement que le défi démographique va encore aggraver et auxquelles vont s'ajouter les crises de la mobilité ou de l'environnement". Ce discours, c'est exactement celui que nous, parlementaires du groupe du sp.a, tenons depuis le début de cette législature en y ajoutant toutefois deux préoccupations supplémentaires: le développement de la pauvreté au sein de la population et le manque d'égalité au plan de l'imposition des personnes. Il n'est donc pas étonnant que j'y applaudisse.
Quant à l'autre article, il est également très éclairant sur l'état des lieux à Bruxelles en ce qui concerne le monde du théâtre. Dans ce monde particulier du théâtre, qui est un art vivant et qui doit donc se renouveler constamment pour survivre, la compétition est singulièrement rude puisque, de manière constante, un nouveau lieu surgit chaque année alors que notre Région compte déjà plus de théâtres par habitant que Paris.
Doit-on parler de diversité ou de concurrence? Comme l'auteure de l'article le fait justement remarquer : "Si partisan soit-on d'une scène où tous les styles peuvent s'exprimer, on ne peut faire l'autruche devant des spectacles joués face à un public réduit à peau de chagrin. Alors, on pose la question, volontairement provoc: y a-t-il trop de théâtres à Bruxelles?".
A cette question, plusieurs directeurs de théâtres avancent beaucoup de bons arguments (à l'exception du directeur du Public qui fait un grotesque parallèle entre le nombre d'entrées pour assister aux théâtres bruxellois et celui des entrées pour aller voir du cinéma belge en Communauté française). C'est cependant le propos de Michael Delaunoy, directeur du Rideau, qui me paraît être le plus judicieux quand il dit regretter le manque de visibilité de la scène francophone belge à l'étranger: "Il y a un gros travail à faire pour que Bruxelles ait une autre image que celle de la bière et des pralines." Aux Halles de Schaerbeek, Fabienne Verstraeten pointe également du doigt ce manque de coordination globale du secteur, contrairement à ce qui se passe en Flandre, et ce même si le Réseau des Arts fait beaucoup pour tenter de combler ce manque d'organisation. "Il faut un discours plus clair au niveau des médias, des opérateurs culturels et des pouvoirs publics pour dessiner des identités fortes pour chaque lieu et pour que le spectateur s'y retrouve".
Oui, un discours plus clair et une conduite plus tranchée pour tracer des projets aussi consistants que cohérents. C'est de cela que la Région de Bruxelles-Capitale a aujourd'hui le plus besoin. Dans tous les domaines. Pour mieux se faire entendre, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses limites. C'est de cette manière qu'elle parviendra à mieux se faire respecter mais également à mieux faire vivre et apprécier toutes les richesses dont elle est détentrice sans trop le savoir...
Lire également : "un soutien sp.a pas si inattendu" - Christian Laporte (La Libre Belgique 13-09-2011)


