Posté par: so dans Sur le terrain

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Voici ce que j’ai découvert ce matin comme message accroché à un poteau électrique de la rue Archimède : «Bonjour!, J’ai 30 ans, je suis espagnole. Je cherche une chambre dans un kot/coloc pour l’année 2013-2014. Je suis disponible tout de suite. Je travaille à m-temps et va faire une école de langues pour perfectionner mon français. Je suis quelqu’un de propre et ordonné, et j’ai vécu plusieurs fois en colocation avec des personnes de toutes nationalités! Merci d’avance. A bientôt».

Merveilleux message de confiance et d’esprit d’entreprise. Il est aussi le reflet de ce qu’est aujourd’hui à Bruxelles le monde de la débrouille quand il ne s’agit pas de celui de la grande pauvreté.  Le 17 octobre est, outre le jour commémoratif d’une révolution qui a profondément marqué l’histoire du 20 siècle, inscrite au calendrier comme Journée internationale de lutte pour l’élimination de la pauvreté. 

Comme le soulignait avec beaucoup de sensibilité Christian Dupont il y a quelques années d’ici lors d’un colloque organisé à Huy sur cette problématique, « la pauvreté n’est pas une fatalité, ni une sorte de malédiction pesant à jamais sur le destin de toutes les organisations humaines; elle n’est pas inscrite non plus, comme certains se plaisent à le penser, dans le patrimoine génétique de ceux qui sont condamnés à n’être que les spectateurs d’un monde qui avance sans eux. Elle n’est pas davantage le signe d’une quelconque élection divine, gage assuré de toutes les rédemptions. Qu’elle sévisse à New York, à Bogota, au Caire ou à Bruxelles, la pauvreté n’est jamais belle ou émouvante, elle ne grandit pas l’homme. Elle nie sa dignité, lui rogne son droit à l’existence. La pauvreté est un échec. L’échec d’un système qui repose encore sur le droit du plus fort, du plus égoïste. ». 

Fort d’un système social que beaucoup lui envient, notre pays n’est malheureusement pas épargné par ce fléau même si, chez nous, son acuité est modérée par la densité de notre filet social. A cet égard, on ne le dit pas assez souvent,  Bruxelles est la Région qui connaît le taux le plus élevé de pauvreté du pays. En fait, selon le Baromètre social 2013 de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capîtale, un Bruxellois sur trois vit d’un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté. 

Ainsi, sur base des revenus de 2010, 33,7% des Bruxellois se situent en-dessous de cette limite, contre 9,8% des habitants de Flandre et 19,2% des Wallons. Le seuil belge de risque de pauvreté, calculé en fonction du revenu disponible équivalent médian du pays (revenu total du ménage après impôt, divisé par le nombre de ses membres convertis en équivalents adultes), était alors de 1.000 euros par mois pour une personne isolée, 1.600 euros pour un parent seul avec deux enfants et 2.101 euros pour un couple ayant deux enfants. 

La Région bruxelloise présente en outre le plus d'inégalités de revenus. La tranche de 10% des revenus déclarés les plus élevés représente à Bruxelles 35% du total des revenus imposables, et les inégalités reflétées dans ces chiffres seraient même largement sous-estimées selon le Baromètre, "étant donné que les très bas revenus et certains revenus très élevés ne sont pas concernés par les déclarations". 

En janvier 2012, 5% de la population bruxelloise des 18-64 ans dépendait d'un revenu octroyé par le CPAS. "C'est presque trois fois plus que dans l'ensemble de la Belgique et c'est également plus que dans les deux autres régions du pays et dans les grandes villes flamandes; ce pourcentage est par contre équivalent à Charleroi et plus bas qu'à Liège", note le texte. Ce pourcentage était de 4,2% en 2008, avant que la crise ne change la donne. 

De cette réalité, le Ministre – Président de la Région de Bruxelles-Capitale n’en a quasi pas soufflé un mot durant son discours de rentrée hier au Parlement : "la pauvreté est l'affaire de la Commission communautaire commune, pas de la Région bruxelloise.". Allez expliquer la nuance à ceux qui espèrent une action de nos gouvernants... C’est plus qu’une erreur de la part du gouvernement, c’est une faute.

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