Posté par: so dans Dans la presse

Taggé dans: institutionnel

Selon le Grand Baromètre RTL-Ipsos-Le Soir, près de sept Bruxellois sur dix, 68% très précisément, voteraient sans hésiter pour une Région bruxelloise indépendante. Il n'y aurait, par contre, pas plus d'un Bruxellois sur quatre qui opterait pour un Etat francophone fait donc de la réunion de Bruxelles avec la Wallonie. Seuls six Bruxellois sur cent souhaiteraient voir la capitale être rattachée à la Flandre.

Ces pourcentages révèlent une réelle évolution du positionnement des Bruxellois en cas d'éclatement du pays. Ainsi, en septembre 2010, au moment où débutaient les longues négociations qui allaient durer quelque 500 jours pour mettre sur pied le gouvernement fédéral, 24% des Bruxellois optaient alors pour un district européen et 23 % se disaient favorables à l'idée de voir la Région bruxelloise devenir un Etat indépendant. Cela signifie que près de la moitié seulement des habitants de notre Région disaient vouloir prendre leur destin en main.

Huit mois plus tard, une nouvelle étude voyait cette tendance indépendantiste dépasser la barre des 50 % puisque les Bruxellois étaient alors 53% à opter pour une solution de ce type : 35% pour le district européen et 18 % pour l'Etat indépendant. La proportion de Bruxellois désireux de voir la Région bruxelloise devenir pleinement autonome par rapport aux deux Régions en cas d'éclatement du pays a donc sérieusement progressé en l'espace d'un peu moins de deux ans : le pourcentage des partisans de la solution autonomiste est passée de 53% à 68%.

Quant on sait que, pour ce qui concerne l'opinion des Wallons, ceux-ci sont aujourd'hui 61% à vouloir, en cas de scission, une Belgique dite résiduelle, c'est-à-dire une Belgique constituée de la Wallonie et de Bruxelles, on constate que la réunion des deux Régions bruxelloise et wallonne sous une seule et même bannière est loin d'être une dynamique allant dans le même sens.

Pour ma part, je comprends très bien ce rejet des Bruxellois de cette idée d'une Belgique dite résiduelle (quelle aberration déjà que cette appellation évoquant davantage la castration que l'émancipation). 

  • Le Bruxellois n'oublie pas que le discours de l'autonomie n'appartient pas qu'aux seuls Flamands et que celui de Jules Destrée et de ses disciples, passés ou actuels, n'est guère plus tendre à l'égard de Bruxelles que ne l'est celui de la N-VA.
  • Le Bruxellois sait très bien, à partir de l'expérience qu'il vit déjà au jour le jour avec la répartition qui est faite des moyens financiers de la Communauté française entre la Wallonie et Bruxelles, qu'il pourrait être berné par les Wallons en cas d'Etat francophone. 
  • Le Bruxellois n'oublie pas que les Wallons ont été et sont tout aussi intransigeants que les Flamands en matière de correction des limites de son aire territoriale. 
  • Le Bruxellois, qu'il soit francophone ou flamand, sait très bien que l'Etat francophone est un leurre : il est pleinement conscient que sa ville est une ville historiquement faite de francophones et de néerlandophones mais que la capitale connait un recul tant de la maîtrise du français que du néerlandais. L'intégrer dans une structure francophone n'a pour intérêt que celui de partis qui perdraient beaucoup de leur capacité à peser sur le cours des choses dans le pays si les structures institutionnelles venaient à se modifier et, plus encore, si elles devaient se parcelliser. 
  • Le Bruxellois est de plus en plus conscient qu'il ne peut y avoir éclatement du pays car cela aurait pour les deux autres entités du pays de telles conséquences négatives, à commencer par la perte de tous les avantages qu'elles ne manquent pas de tirer de l'implantation de très nombreux organes institutionnels européens au centre du pays, qu'il n'est pas imaginable que l'on en arrive à une pareille hérésie politique.

Il faut retenir de ces chiffres cette tendance des Bruxellois à vouloir se cantonner dans leur bulle plutôt que de se risquer à se perdre dans une nouvelle entité où ils auraient finalement plus à perdre qu'à gagner. Le Bruxellois se fait de plus en plus régionaliste et de moins en moins gagné à l'idée que d'autres aient un grand rôle dans la gestion de leurs affaires intérieures.

Moi je m'en réjouis.

Commentaires (0)add
Ecrivez un commentaire

busy