"Le machisme existait au cabinet Daerden" - Olivier Mouton (Le Soir 04 juin 2011)
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dans Dans la presse
le Jun 4, 2011
Sophie Brouhon est députée bruxelloise. Francophone, elle a choisi de se présenter aux dernières élections sur la liste flamande du SP.A, en signe d’ouverture. Sa carrière politique, elle l’a entamée dans différents cabinets ministériels. Chez Johan Vande Lanotte, où Freya van den Bossche lui avait succédé, mais aussi chez Michel Daerden. Avec des expériences différentes en termes de machisme. « Dans le premier cas, il ne m’est rien arrivé, l’égalité entre hommes et femmes était tout à fait naturelle. Dans le second cas, disons que le machisme s’exprimait de façon plus légère. »
L’exemple le plus « drôle » concerne la sélection des hôtesses d’accueil. « Seuls les hommes pouvaient y participer, dit-elle, les femmes ne pouvaient pas donner un avis. Le machisme, ce n’est pas seulement des mots et des actes, c’est aussi de les laisser penser qu’on ne les choisit que pour leurs qualités plastiques, et qu’elles n’en ont pas d’autres. »
« Le ministre Daerden ne s’en est jamais caché : il aime les femmes et il apprécie leur compagnie, poursuit-elle. En soi, ce n’est pas un problème. Là où cela devait problématique, c’est que lui et son entourage n’étaient pas toujours sensibles à l’inconfort que cela pouvait provoquer chez certaines collaboratrices. Là, cela devient un souci. Cela ne repose pas nécessairement sur des gestes concrets, mais sur un doute, sur une ambiguïté. Et c’est à cela que l’on doit encore travailler pour faire avancer la cause de l’égalité. »
Un exemple concret ? Des réunions où le jeu de séduction était bien présent. « On ne peut pas inviter une collaboratrice à un dîner juste parce qu’elle est belle, explique-t-elle. Il doit y avoir un lien avec le contenu de la réunion. Or, ce n’était pas le cas. C’est là que se crée un doute qui devient difficile à porter pour la personne concernée. L’attention étant exclusive, cela met en outre cette personne dans une position difficile face au reste du cabinet. Même si au final, il n’y a pas d’intention sexuelle, il n’y a pas de rapport qui s’installe, c’est une forme de machisme. Sans mots, sans actes condamnables, cela a amené cette personne à être isolée ou ostracisée. Et si en plus, cette personne n’a pas le sentiment que l’entourage est capable de la défendre, elle se trouve dans une situation de soumission. Cela, ça existait. Etant directrice de cabinet, j’ai questionné un collègue masculin quant à sa présence en réunion, qui m’a répondu :“La jalousie des femmes, c’est quand même terrible.” On doit pourtant avoir la possibilité de dire ces choses-là, non ? Oui, ce fut parfois source de tensions entre le ministre et moi. »
Sophie Brouhon ne généralise pas à l’ensemble du monde politique. « Depuis que je suis au parlement, on se dit généralement les choses et j’ai le sentiment que les choses ont positivement évolué dans la nouvelle génération. »
Elle analyse, de façon générale : « Dans un rapport de travail, les compliments sont agréables pour autant qu’ils ne sont pas réducteurs ou uniquement portés sur une personne. Les blagues grivoises peuvent exister entre des personnes qui se connaissent, cela peut arriver, mais ce ne peut pas être hors de propos. Des récompenses d’un patron, c’est important, mais pour autant que ce soit en lien avec le travail, faute de quoi cela devient ambigu. Et là où cette ambiguïté devient problématique, c’est quand cela pose la question de la soumission. C’est surtout vrai pour des travailleurs économiquement dépendants de celui qui détient le pouvoir. Là, c’est un vrai problème ! »
L’affaire DSK, dit-elle, « a le mérite d’avoir libéré la parole ». « Mais plus fondamentalement, il faut que l’on en arrive à un respect naturel et une croyance profonde de l’égalité entre les hommes et les femmes. »
Ecouter Olivier Mouton dans le"11h02 : le machisme est-il inévitable?"
