Posté par: so dans Sur le terrain

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europeL' accord trouvé à Bruxelles dans la nuit du 26 au 27 octobre par les 17 chefs d'Etat des pays membres de la zone euro a, se plaît-on à répéter un peu partout, permis d'éviter le pire. Dans l'immédiat tout du moins...

 

  • Effacement à hauteur de 100 milliards d'euros de la dette de la Grèce par le biais d'un échange, début 2012, entre les titres actuels et de nouvelles obligations avec une décote nominale de 50% au lieu des 21 % arrêtés en juillet dernier, 
  • apport à ce même pays d'un nouveau plan d'aide de 100 milliards d'euros avec pour objectif de réduire la dette grecque à 120% du Produit Intérieur Brut à l'horizon 2020 alors que le taux actuel est de 160%, 
  • obligation pour les banques de porter désormais à 9% le ratio de fonds propres par le biais de capitaux privés et non plus par renflouement fait par les Etats comme cela avait été le cas en 2008, 
  • renforcement du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) à hauteur de 1000 milliards d'euros par le biais de deux options dont l'une consiste à se tourner vers les pays qui disposent de liquidités en surplus, comme la Chine en premier rang, pour qu'ils investissent dans le système de protection de la zone euro, 
  • obligation faite aux Etats de la zone euro d'inscrire au niveau constitutionnel une règle d'or budgétaire qui reprend de fait deux exigences du Pacte de stabilité (3% du PIB de déficit maximum et une dette à un niveau de 60% du PIB) 
  • et, enfin, engagement pris de se rencontrer deux fois par an en sommet sous la présidence de Herman Van Rompuy, tels sont les principaux points sur lesquels les 17 ont pu finalement s'accorder.

Même si je me réjouis de l'aboutissement de négociations qui ont permis de montrer qu'il y avait une réelle capacité à trouver un terrain d'entente pour sauver de la noyade immédiate un des 17 pays membres de la zone euro et, dans le même temps, à mettre en place une digue de protection pour les pays de moyenne dimension, je ne peux m'empêcher de trouver que tout cela fait, comme l'a dit la députée socialiste française Catherine Trautmann à Strasbourg, « colmatage de brèches  marqué par le court-termisme ». Je suis également de l'avis de Cohn-Bendit pour qui les 17 « ont mis un pansement sur une plaie profonde » dans la mesure où, comme l'a reconnu Angela Merkel herself, « c'est un bon paquet mais il doit être suivi par de nouvelles étapes ». 

Trois points sont faits pour m'inquiéter plus particulièrement dans ce qui a ainsi vu le jour en même temps que s'achevait ce dernier sommet européen : la position de faiblesse dans laquelle s'est placée l'Europe des 17 par rapport à la Chine (à qui je ne vois pas comment il sera possible demain pour un dirigeant européen de s'élever contre sa politique en matière du respect des droits de l'homme et de respect de normes sociales minimales dans le cadre de sa législation sur le travail); la quasi officialisation des politiques d'austérité au nom de la lutte contre le surendettement et les déficits budgétaires; et l'absence de propositions d'envergure allant dans le sens d'un réel renforcement de la gouvernance politique et économique de l'Europe.

Pauvre Europe qui est ainsi tirée à hue et à dia sans trop savoir où vont la mener toutes les secousses qu'elle reçoit ainsi que l'exprime fort justement Edwy Plenel: "l'Europe qui a produit tous les imaginaires politiques, intellectuels démocratiques et sociaux, aujourd'hui décroche du monde". On ne pourra pas continuer ainsi, comme le font les Etats membres de l'Union européenne qui ressemblent plus à des casernes de pompiers qu'à autre chose, à faire l'impasse sur le débat qui est devant nous sur la nature de l'Union, son concept de solidarité, ses réels pouvoirs, ses limites territoriales. 

Veut-on, comme l'écrivait il n'y a pas longtemps un académicien qui fut en son temps président de la République française, une confédération souple d'Etats, unis par les principes du marché et avec des solidarités à la carte, ou souhaitons-nous voir émerger un jour un ensemble de type fédéral fort et cohérent, doté d'un visage et d'une voix identifiables par tous dans le monde ?

Pour ma part, mon choix est fait depuis belle lurette.

 

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