Alors que le ministre bruxellois du budget Guy Vanhengel proposait encore lui-même le 10 février de venir en aide au budget fédéral, le Ministre-Président Charles Picqué se plaint aujourd’hui du fait que les efforts budgétaires que demande le fédéral à Bruxelles sont excessifs et vont absorber tout le refinancement de Bruxelles en 2012.
Le Ministre-Président se rend apparemment compte maintenant seulement que son ministre du budget n’a pas préparé Bruxelles à assumer ses nouvelles compétences. Pourtant, ce débat est en cours depuis des années, le gouvernement bruxellois peut difficilement faire comme s’il tombait des nues. L’amateurisme avec lequel on gère le budget de la capitale est sidérant:
- Le gouvernement dépense de l’argent sur la base d’une norme de croissance de 1,6 % alors que tous les autres pouvoirs ont déjà adapté leur budget aux nouvelles prévisions du Bureau du Plan. La Flandre, la Wallonie et la Communauté française ont déjà bouclé leur contrôle budgétaire et les adaptations nécessaires. Aucun contrôle ni adaptation n’ont encore eu lieu à Bruxelles. Cet exercice est prévu pour fin avril;
- Cela fait deux ans que Bruxelles se moque du pacte de stabilité, qui prévoit que tous les pouvoirs doivent consentir des efforts en vue de ramener le budget à l’équilibre d’ici à 2015
- Le dérapage de la charge de la dette de Bruxelles coûtera à nouveau 20 millions de plus en 2012.
C’est bien là qu’il faut chercher la raison pour laquelle le refinancement est déjà consommé. Je me demande où était le Ministre-Président ces trois dernières années quand le budget de Bruxelles était en train de déraper. Le refinancement n’est pas compromis par les efforts que demande le fédéral, mais bien par la politique budgétaire chaotique de Bruxelles.
L’accord institutionnel prévoit pour cette année 134 millions d’Euros de refinancement pour Bruxelles. Il s’agit de 30 millions pour la sécurité, 25 millions pour les primes linguistiques, 45 millions pour la mobilité et 24 millions de compensation pour le précompte immobilier non perçu (“main morte”). 76,6 millions de ce refinancement sont inscrits au budget bruxellois. Les moyens pour la sécurité vont directement aux zones de police et une partie des primes linguistiques va aux communes.
Le Fédéral demande en 2012 un effort des trois régions à concurrence de 250 millions pour les compétences dites usurpées. Je voudrais tout de même souligner que la reprise des pensions des fonctionnaires par exemple, une mesure qui coûtera 83 millions globalement à l’ensemble des régions, est en discussion depuis 2004 déjà! Mais la reprise de la politique des villes est aussi sur la table depuis le “premier paquet” de la réforme de l’Etat en 2008. Si le Ministre-Président affirme aujourd’hui que son budget n’est pas prêt à supporter cette mesure, je ne peux considérer cela que comme une autocritique.
Alors que pratiquement tous les budgets du pays prévoient des “réserves” pour s’armer contre une conjoncture défavorable, le ministre bruxellois du budget Guy Vanhengel et son prédécesseur Jean-Luc Vanraes ne l’ont pas fait. Aujourd’hui, nous constatons les conséquences de cette politique budgétaire casse-cou. La Flandre dispose d’un coussin de 200 millions, le fédéral se dote d’un coussin de 350 millions; à Bruxelles, le coussin s’élève à un grand zéro. Evidemment, on constate alors qu’un refinancement ne peut pas être orienté vers une nouvelle politique en vue d’améliorer la qualité de vie des Bruxellois, mais que ces moyens disparaissent dans le trou du budget de Vanhengel.


