Très intriguant le titre barrant la première page du journal « Le Soir » de ce lundi : « Un mémorandum pour sauver Bruxelles ». De quel sauvetage s'agissait-il ? Celui de la Région de Bruxelles-Capitale ? Celui de la Ville de Bruxelles ? La lecture du sous-titre et des premiers paragraphes de l'article m'éclairait rapidement.
S'inspirant du contenu du mémorandum de l'AVCB qui est l'Association de la Ville et des Communes de Bruxelles, le journal allait reprendre le point de vue de cette association mais surtout celui des bourgmestres qui la composent. De fait, de manière très bien construite au demeurant, le journal a, au travers de cinq coups de projecteurs donnés sur autant de Communes (Anderlecht, Schaerbeek, Watermael-Boitsfort, Ixelles et Molenbeek), épinglé les grosses difficultés rencontrées par les Communes bruxelloises pour assurer l'équilibre de leur budget et faire en sorte que leurs finances ne plongent pas dans le rouge.
Ces difficultés ne sont pas nouvelles et ce n'est pas l'état de la situation économique et sociale que l'on connaît dans notre Région (accroissement du chômage, paupérisation de la population, accroissement des besoins en termes de logements sociaux, de crèches, de locaux scolaires, de maisons de repos dû à l'augmentation de la population, ...) qui est de nature à rendre de belles couleurs aux finances communales (pas plus qu'à celles de la Région d'ailleurs). Cela, on le sait et l'AVCB est donc bien dans son rôle quand elle souligne comme elle l'a fait les raisons pour lesquelles ses mandants sont en peine de boucler leurs fins de mois ou, plutôt, leur budget.
Cela étant, que propose-t-elle cette Association qui agit ici comme simple porte-voix des Communes et non pas, malheureusement, comme une Association agissant pour aider ses membres, les Communes, à trouver les moyens de mieux faire face à leurs problèmes ? La réponse est vite donnée. Très schématiquement, elle réclame des pouvoirs dits supérieurs, du Fédéral et de la Région donc, des moyens financiers accrus. La solution est ainsi trouvée et les Communes pourront de la sorte continuer à « entretenir la démocratie de proximité » comme l'écrit, sans doute emporté par son envie de croire à ce qu'il disait, le journaliste qui, sous le titre « Etrangler les communes : mauvais calcul », a rédigé ce lundi l'éditorial du journal précité.
Cette litanie qui consiste à faire croire que la Commune serait le seul lieu de pouvoir qui aurait la qualité d'être attentive et soucieuse du bien-être des gens est une rengaine qui fatigue tant elle est répétée sans être jamais mise en question. Les Communes sont-elles bien en mesure d'accomplir toutes les missions qui sont les leurs ? Font-elles toutes ce qu'il faut pour s'inscrire, comme les autres niveaux de pouvoir du pays (provinces exceptées sans doute) dans un cadre budgétaire où les restrictions viennent désormais compenser les augmentations ? Sont-elles toutes courageuses au point de revoir leurs outils de fiscalité et de les disposer en bon ordre pour obtenir de meilleurs résultats ? Que font-elles pour endiguer les congés de maladie qui touchent leur personnel et qui coûtent annuellement une montagne d'argent ? Plus fondamentalement, ne serait-il pas plus que temps d'examiner et de redessiner la carte des compétences qui devraient être réellement les leurs par rapport à un pouvoir régional qui, depuis qu'il a été mis en place au début des années 90, n'a pas encore trouvé sa place et sa véritable dimension sur l'échiquier du pouvoir politique bruxellois ?
Oui, le pouvoir communal est un pouvoir qu'il faut préserver et même choyer tant il peut être, et est, utile à la population. Non, ce n'est pas en usant de rustines et en se servant de vieilles recettes (sauf celle de la révision cadastrale) pour lui donner toujours et toujours plus de moyens financiers que l'on ira nécessairement dans la bonne direction. Tant il devient grand temps de lui rendre un nouveau souffle et d'établir dans le même temps un autre type de gestion des affaires publiques au niveau de la Région de Bruxelles-capitale.
Oui, le sort des Communes est plus que jamais lié à celui de notre Région. Et non l'inverse...


