Posté par: so dans Bruxelles ma belle

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Chaque année, les opérateurs bruxellois de la politique du tourisme à Bruxelles, en clair les bonzes de Visitbrussels, nous lancent à la tête quantité de chiffres donnant à penser que tout va pour le mieux dans le domaine du tourisme dans la capitale.

Ainsi, à la mi-juin de cette année encore, ils lançaient à la cantonade un communiqué qu'ils titraient comme suit de manière assez triomphale : "Le tourisme se porte bien à Bruxelles. En 2011, le nombre de nuitées dans les hôtels a augmenté de près de 7% par rapport à 2010». Suivaient ensuite divers chiffres qui se voulaient éclairants sur ce qui pouvait apparaître comme un état de grâce.

Aujourd'hui, d'autres chiffres sont tombés dans le domaine de l'information générale et c'est à l'aulne de ceux-ci qu'il est permis de se rendre compte que, pour reprendre une expression que j'aime bien et qui émane d'un chroniquer canadien aujourd'hui décédé, Jean Dion, « les chiffres sont aux analystes (de Visitbrussels) ce que les lampadaires sont aux ivrognes : ils fournissent bien plus un appui qu'un éclairage ».

En clair, on apprend que, si le taux de progression du nombre de touristes est bien de 6,9% pour Bruxelles en 2011, d'autres villes européennes font bien mieux que nous. Ainsi, Rome a progressé de 8%, Barcelone de 10,5%, Prague de 9,3%,Hambourg de 7,7% , Palma de Majorque de 11,1% et, plus près de nous, Bruges a vu ses chiffres progresser de 11,4%.

Certes, d'autres villes ont fait moins bien que nous mais, ce que je retiens surtout, c'est que Bruxelles perd des places dans un marché en progression puisqu'elle n'occupe plus que la 23ème position dans le classement ECM (European Cities Monitor) à la fin de l'année 2011 alors qu'elle figurait encore à la 17ème place un an auparavant...

Par ailleurs, on peut également réaliser que Bruxelles est la seule ville où le tourisme «business», généré par des congrès ou pour des réunion de travail (3,16 millions de visiteurs), est plus important que le tourisme classique de loisirs qui n'attire, quant à lui, que 2,78 millions de visiteurs par an.

On voit bien par là que Bruxelles est encore loin, très loin même, d'être considérée à l'étranger comme une ville dite de « city-trip », c'est-à-dire une ville où l'on vient pendant deux ou trois jours pour visiter l'un ou l'autre musée et quelques autres lieux classiques comme le Manneken-Pis, l'atomium, la Grand'Place ou le quartier des institutions européennes.

Là ne s'arrête pas le constat des points qui sont faits davantage pour inquiéter que pour rassurer. Le groupe Sud-Presse rapportait ainsi tout récemment que le nombre d'hôtels arborant cinq étoiles à Bruxelles est en chute libre. En effet, il ne reste plus que dix adresses dans cette catégorie alors qu'on en comptait encore 16 en 2008.

Cette politique de déclassement volontaire pratiquée par les « majors » répond à plusieurs objectifs (diminution des taxes revenant aux communes, plus grande souplesse en matière de gestion du personnel, etc) mais elle a également pour effet de tirer les prix vers le bas et de faire de Bruxelles une ville où il devient possible d'avoir, en week-end, une chambre d'un cinq étoiles au prix de celle d'un trois étoiles. On comprend mieux ainsi pourquoi le montant dépensé par un(e) touriste à Bruxelles ne dépasse pas, en moyenne, plus de 170 euros par jour et pourquoi le secteur horeca est particulièrement touché par cette minceur du pouvoir de consommation des touristes en visite dans notre capitale...

Que conviendrait-il de faire pour inverser ces tendances qui n'incitent guère à l'optimisme en dépit des grandes déclarations faites pour donner à penser que tout va pour le mieux ? Je me suis déjà confiée à ce propos dans des billets précédents : les chiffres dont je viens de faire état ne font que conforter mon idée selon laquelle il serait très grand temps que notre Ministre-Président donne au plus vite corps à une cette nouvelle compétence régionale dont la Région a hérité depuis la mise sur pied du gouvernement fédéral.

Il faut appeler toutes les parties concernées par la promotion du tourisme en Région de Bruxelles-Capitale (Toerisme Vlanderen, l'OPT, la Cocof, la Ville de Bruxelles, les 18 autres Communes de la Région) à se concerter pour développer enfin ce qui s'appelle une politique régionale du tourisme. Pourquoi pas pareille initiative au début de l'année à venir, une fois passées et digérées les élections communales ? Chiche ?

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