Les contrats de quartiers trouvent leur origine au début des années 1990 dans le constat que cette ancienne ville industrielle connaissait de très sérieux problèmes de dégradation de son patrimoine immobilier ainsi que d'un grand nombre de ses espaces publics.
Ces quartiers en déclin formaient de véritables poches d’exclusion, où la fracture sociale qui se constituait représentait un réel handicap pour assurer le redéploiement de notre Ville-Région : concentration élevée d’immeubles disqualifiés, présence massive de terrains ou d’immeubles inoccupés, inconfort très marqué du logement, espaces publics en mauvais état, densité importante de population, délinquance en hausse, forte présence d’immigrés, taux de chômage critique ou encore faible taux de scolarisation.
L’ordonnance du 7 octobre 1993 a décidé de mettre en oeuvre des contrats de quartiers qui privilégient une approche globale, intégrée et transversale pour rendre vie et dynamique à ces différentes parcelles du paysage bruxellois.
Comment s’élabore, concrètement, un contrat de quartier ?
La Région de Bruxelles-Capitale arrête, annuellement, la liste des quartiers à requalifier, en fonction d’indicateurs immobiliers (état de délabrement des habitations) et sociaux (taux de chômage). La commune dispose de 9 mois (de janvier à septembre généralement) pour élaborer, en collaboration avec les habitants, un projet de programme de contrat de quartier, qui décrit de manière détaillée les différentes opérations à réaliser dans le périmètre. L'Agence de Développement Territorial est impliquée dans la gestion de ces contrats de quartier.
Quant à la participation des citoyens, elle s’articule autour de trois dispositifs « obligatoires » : des assemblées générales de quartier, une enquête publique et une commission locale de développement intégré (CLDI) réunissant de nombreux acteurs des lieux concernés (privé, public, associatif, habitants).
Les contrats de quartier à Ixelles
Depuis 1994, année où furent lancés les premiers contrats de quartier, notre Commune a bénéficié à quatre reprises de contrats dont la réussite générale est teintée d’échecs partiels : Gray, Blyckaert, Malibran et Sceptre.
Le premier contrat, celui dit de la Gray connut un succès mitigé : la remise en état de logements appartenant à la Commune et le bel aménagement réalisé au pont dit de l'avenue de la Couronne ont eu des effets réellement bénéfiques mais le projet de partenariat public-privé qui devait entraîner la restauration de la dizaine de maisons situées au pied du pont de l'avenue de la Couronne fut un ratage complet.
Le contrat de quartier « Blyckaert » est incontestablement le plus consistant des quatre grâce aux moyens financiers plus importants qu’il a reçus mais cela ne fut cependant pas suffisant pour produire de réels effets sur le quartier concerné parce que le périmètre de celui-ci était beaucoup trop important.
Le contrat Malibran est sans conteste celui qui tient le mieux en compte les aspirations des habitants mais, dans le même temps, il n’a pas permis de faire du quartier un nouveau pôle de développement économique et de création de nouveaux emplois.
Quant au dernier mentionné, le contrat Sceptre, il est en quelque sorte un contrat de rattrapage qui couvre des parties des périmètres des trois contrats précédents... Une enveloppe de 15 millions d'euros est prévue pour la réalisation, entre 2010 et 2013, des objectifs suivants: requalifier la Place Blyckaerts, travailler sur le « maillage bleu, entre la Place Flagey et la Place Jourdan, renforcer le maillage vert le long des talus du chemin de fer, réactiver le cheminement entre les quartiers par des aménagements qui valorisent l'espace public..
Constat
L’expérience des premiers contrats permet déjà de mettre le doigt sur certains des points faibles des contrats de quartier.
Les périmètres des quartiers qu'il s'agit de réhabiliter sont trop souvent démesurés par rapport aux moyens financiers qui sont mis sur la table pour y réaliser des opérations vraiment d'envergure,
Les délais de concertation et de réalisation sont trop courts pour que la consultation des habitants ne soit pas bâclée,
L’équilibre interne de l'ordonnance régionale mène trop souvent au simple remodelage de l'existant plutôt qu’à la conception de projets en termes de redynamisation et de réhabilitation,
Les contrats de quartier ne suscitent pas assez l'intérêt et l'implication des acteurs du privé dans les opérations à mener au sein (ou autour) des contrats concernés …
Et demain ?
Les contrats de quartier ont été créés aux premières heures d'existence de la Région bruxelloise, c'est-à-dire à une époque où celle-ci devait rattraper beaucoup de temps perdu.
Aujourd'hui, la Région bruxelloise a vingt ans et doit, avec le peu de moyens financiers dont elle dispose, assurer au mieux les meilleures conditions de vie pour ses habitants et le déploiement de celles et ceux qui veulent y exercer leurs activités économiques ou y trouver de l'emploi.
Aussi, cela demande qu’une attention toute particulière soit prêtée aux questions relevant de l'enseignement et de l'emploi et, à cet égard, les contrats de quartier se prêtent parfaitement à l'exercice même si, à ma connaissance, il n'a jusqu’à présent jamais été question de « développement économique » ou «de pôle de scolarité » dans les projets qui font partie de leur feuille de route…
Pourquoi pas des contrats de quartier qui créent des emplois nouveaux et transforment le tissu économique des lieux concernés plutôt qu’uniquement des actions visant à réhabiliter la pierre et à remodeler l'espace public ? Pourquoi pas des contrats de quartiers qui se préoccupent plus structurellement d’assurer la survie financière des infrastructures mises en place ? Pourquoi pas des contrats de quartier qui répondent à l’augmentation de la population bruxelloise en prévoyant des écoles ou des crèches plutôt qu’uniquement des structures de type occupationnel ?
Je veux espérer que ce sera pour très bientôt tant il faut toujours avoir à l'esprit que, « Le passé et le présent sont nos moyens, le seul avenir est notre fin »


