S'exprimant au nom d'une institution européenne d’habitude experte en langue de bois, Viviane Reding(1) a dénoncé ce mardi 14 septembre la politique menée par Sarkozy et son gouvernement à l'encontre des Roms.
La circulaire du Ministre de l'Intérieur du gouvernement français, Brice Hortefeux, qui ciblait explicitement les Roms dans le cadre de sa politique de démantèlement systématique des camps établis illicitement sur le territoire français était en ligne de mire de sa sévère critique.
Ainsi, Viviane Reding, qui est un « poids lourd » de la Commission dans la mesure où elle est déjà aux affaires européennes depuis plus de dix ans, a déclaré: «J 'ai été personnellement interpellée par des circonstances qui donnent l'impression que des personnes sont renvoyées d'un Etat membre juste parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Seconde Guerre mondiale. Je vais être claire: les discriminations ethniques ou raciales n'ont pas leur place en Europe »
Voilà qui est en effet très clair et très salutaire. L'Europe n'avait que trop tergiversé au cours de ces dernières semaines à propos de ces pratiques qui font honte à la France et à l'image qu'elle aime à donner d'Elle en matière de défense des Droits de l'Homme. Viviane Reding a heureusement comblé ce vide que les Parlementaires européens n'avaient pas manqué de dénoncer lors de leur dernière tenue à Strasbourg.
J'ai aimé cette sortie, « cette saillie » comme l'écrivait joliment le journaliste du « Soir », pour trois raisons au moins.
La première est qu'il devenait grand temps pour l'honneur des institutions européennes, sinon pour l'Europe en tant que telle, qu'une haute Autorité prenne position et fasse entendre que l'Union européenne ne peut tolérer pareil dévoiement de la part d'un de ses membres, fût-il un des Grands et peut-être même plus encore parce qu'il s'agit d'un des Grands de cette Union.
La deuxième parce que, au risque d'apparaître sexiste, c'est précisément une femme qui a tenu ce rôle de Gardien du respect des Grands Principes d'égalité et de justice qui sont les points cardinaux de toute politique qui se veut authentiquement démocratique. Sans doute dira-t-on que c'est José Manuel Barroso, le Président de la Commission, qui a envoyé Viviane Reding au feu pour restaurer la crédibilité de la Commission et pour préserver en même temps sa capacité d'agir à l'avenir mais toujours est-il que c'est une femme qui a ainsi fait le ménage et qui l'a très bien fait. Je ne peux que m'en réjouir.
La troisième, mais ce n'est pas la dernière en ordre d'importance, parce que je trouve en effet insoutenable que les Roms aient pu être, et soient encore, désignés comme victimes expiatoires d'une politique de sécurité qui n'est menée que pour faire impression sur l'opinion publique française, et ce, à des fins uniquement politiciennes.
La politique ne se grandit jamais quand elle ne vise pas à rassembler et à unir les gens dans un idéal de progrès destiné à tout un chacun. Le rappel à l'ordre de Viviane Reding est, à cet égard, on ne peut plus opportun car, entre les lignes, il nous concerne en quelque sorte également.


