Un article paru dans le Magazine du Monde de la semaine passée a tout particulièrement retenu mon attention. Il parlait de l'avancée de François Hollande dans les sondages et de l'importance de sa mutation physique dans le succès qu'il connaît aujourd'hui dans l'opinion publique française.
Partant de la question de savoir comment François Hollande a ainsi acquis cette soudaine popularité, Christian Salmon, l'auteur de l'article en question, passe en revue les différents éléments qui ont marqué sa "mue" avant qu'il ne fasse connaître officiellement sa candidature à la primaire de la gauche qui aura lieu dans la prochaine quinzaine: nouvelle monture de lunettes, régime sévère accompagnée d'une perte de poids plus que visible, disparition du double menton, des bourrelets dans le cou. "Sa détermination fut jugée à l'aune des kilos perdus..., la perte de poids confinant à une sorte de rédemption et même de seconde naissance du candidat. Ainsi, la minceur est devenue une sorte de mantra de toute sa campagne, le coeur du "néo-branding" qui lui a permis de se hisser au sommet des sondages".
L'article ne mériterait pas d'être épinglé de la sorte s'il ne s'en tenait qu'à ces considérations sur l'aspect extérieur du candidat. Il permet surtout de marquer une pause pour comparer la signification que d'aucuns ne manquent pas de donner à ce nouveau look et se demander quel sens a ce "quelque chose qui se passe ici, mais dont ne sait pas ce que c'est.." comme le chantait Bob Dylan dans Ballad of a thin man.
Pour Roland Barthes, vouloir être maigre, c'était la forme la plus naïve du "vouloir être intelligent". On ne saura jamais si tel était le premier souci de François Hollande dans sa quête de minceur mais selon ce raisonnement la maigreur est devenue le symptôme du "vouloir être performant" ou, si l'on se réfère à ce qui se passe dans le milieu du mannequinat, "vouloir être sous les feux de la rampe".
René Girard a, pour sa part, fait tout récemment une très intéressante analyse sur l'obsession de la minceur dans laquelle il voit une forme idéalisée de la vieille rivalité mimétique qui oppose les hommes (et pas les femmes?) de pouvoir. A cet égard, il est cocasse de relever que, il n'y a pas longtemps non plus, Nicolas Sarkozy s'est cru obligé de se fendre d'une remarque acerbe à l'endroit de François Hollande en soulignant que la perte de poids de ce dernier avait été obtenue sans effort ni entraînement sportif. Comme on peut le voir, le terrain de la minceur n'est pas pavé que de bonnes intentions.
D'une manière plus historique, Christian Salmon fait observer que, dans le passé, c'était l'embonpoint des notables qui était de nature à rassurer le bon peuple. Aujourd'hui, c'est l'inverse, c'est la sveltesse qui donnerait aux gouvernants leur crédibilité. Il est vrai qu'il est difficile de prêcher la rigueur avec un double menton, de mener la croisade contre l'endettement en affichant l'embonpoint des notables. Le temps est à la diète plutôt qu'à la dette. A l'évidence, le "lean management" (gestion "dégraissée" mise au point chez Toyota dans les années 1980) s'impose aux corps humains après avoir été de mise dans le milieu des entreprises.
Le corps au service de l'expression politique? Toujours d'après l'auteur, le corps ainsi ciselé devrait être modelable à loisir, capable de se styliser, de se relooker en permanence dans un monde politique sans cesse en mouvement. "Le défi n'est plus de "rester soi-même" dans un environnement changeant, mais de changer sans cesse et de s'adapter aux changements de conjoncture. Une maigreur synonyme d'adaptabilité, de flexibilité. Une maigreur d'avatar".


