Sexisme : la toute puissance des uns tient au silence des autres
Posté par: so
dans Coups de gueule
le Jun 5, 2011
Qu’évoquent les affaires “DSK” et “Tron”?Les “affaires” qui secouent les Etats-Unis et la France, comme l’affaire DSK et l'affaire Tron, ont rendu visibles des comportements qui existent à certains niveaux de pouvoir (dans tous les milieux, ce n’est malheureusement pas l’apanage du politique …) mais qui restent tenus sous silence, à la fois par des collaborateurs, complices parfois malgré eux mais pas toujours, et à la fois par les victimes, qui se taisent par honte ou par peur.
Sans tomber dans une inutile chasse aux sorcières, ce que soulèvent ces affaires, ce n’est pas la question de relations sexuelles librement consenties entre hommes et femmes travaillant dans un même univers (des relations qui relèvent de la vie privée) mais les ambiguïtés ou les abus, trop souvent constatés, qui apparaissent lorsqu’il y a dépendance de l’un(e) vis-à-vis d'un(e) autre et situation de hiérarchie, donc de pouvoir et d’autorité d’un individu sur un autre.
Il est très important d’éviter l’amalgame, en Belgique comme ailleurs, entre les actes condamnables qui sont aujourd'hui traités par la justice en France et en Amérique et le sexisme ordinaire qui est couvert chez nous par des lois dont on connaît le talon d’achille : le peu de crédit généralement accordé à la parole de celles qui le subissent ou le vivent et la banalisation des faits.
La question que j’ai voulu placer au centre du débat est cet ensemble de comportements, individuels ou collectifs, qui ont pour effet de perpétuer et légitimer la domination, souvent des hommes sur les femmes, que l'on appelle communément sexisme.
Il a fallu un certain courage en tant que journaliste pour poser aujourd’hui – enfin ? – certaines questions sur ce sujet. Celui-ci était quasi tabou, écarté des sujets à traiter parce que le climat n’était pas à l’indignation.
Du courage, il en faut peut-être tout autant pour répondre sans faux-fuyant à ces questions tant la loi du silence et les habitudes ont, en cette matière, la vie dure.
Lorsque je réponds – à l'occasion d'une investigation faite par la RTBF – que toutes les femmes n’étaient pas toujours traitées avec respect par le Ministre Daerden quand j'exerçais pour son compte la fonction de directrice de cabinet, que le sexisme était un état d'esprit plus palpable là qu’ailleurs, cela me vaut quantité de mises en cause personnelles : les évocations de vengeance, les idioties grossières (“mal baisée” ?), les accusations de frustration ou de recherche de publicité tapageuse sont nombreuses sur bon nombre de sites web. Ce n’est pas facile à (su)porter mais se trouve assez largement compensé par les nombreux encouragements à tenir bon que j'ai pu lire dans ma boîte email.
Quelles vérités ai-je eu l’audace, l’outrecuidance de “dénoncer” ?
Probablement le fait de dire qu’une personne peut prétendre “aimer et respecter toutes les femmes” et avoir, dans le même temps, des attentions ambiguës, trop exclusives ou sans rapport aucun avec le travail accompli, pour certaines de celles qui travaillent pour lui.
Que cet amour “qui ne force aucune femme” peut mettre certaines filles tellement mal à l’aise qu’elles en arrivent à se demander si leur relation de travail implique un devoir de subordination ou un devoir de soumission parce que la personne face à elle a plein pouvoir sur leur avenir professionnel et donc financier.
Que cet amour “généreux” peut mettre des collaboratrices dans l’embarras vis-à-vis de leurs collègues tant il est vrai que le sexisme ce ne sont pas que des actes et des mots concrets mais aussi l’apparence de moindre compétence, le cantonnement à des tâches subalternes voire le soupçon d’avoir cédé à des avances sexuelles pour bénéficier d'un avantage particulier.
Mes propos ne se veulent ni une mise à mort d’un homme politique, ni un plaidoyer pour une société asexuée où les compliments seraient bannis, les regards proscrits, les contacts devenus froids et distants, le souci du bien-être des travailleurs suspicieux…
J’ai voulu témoigner de mon expérience de cette réalité “vieille comme le monde” face à laquelle tous les travailleurs ne sont pas encore égaux, faute d’avoir la force, les mots ou surtout l’indépendance financière de se faire entendre pour se faire respecter.
Tout le monde sait que les femmes ont encore devant elles de belles “conquêtes” à glaner : l’égalité salariale, la parité au niveau politique ou dans l' entreprise mais, plus que tout assurément, le respect de la femme en tant que telle.
La peur n’a pas sa place dans ces combats que nous devons mener avec les hommes et pas contre eux : c’est le respect naturel et la conviction profonde que la femme est l’égale de l’homme qui l'emportera sur les comportements de domination sexuelle et de machisme ordinaire de ceux qui n'ont pas encore compris que, comme nous l'a appris Aragon, la femme est l'avenir de l'homme.
