Depuis 1987, chaque année, la Journée mondiale du refus de la misère est célébrée le 17 octobre. Pourquoi une Journée mondiale du refus de la misère ? Pour trois raisons au moins.
Pour entendre la voix des plus démunis . La Journée mondiale du refus de la misère leur donne la parole et nous donne l'occasion de prendre la mesure des conditions indignes qu’ils vivent, sur leurs résistances quotidiennes et leurs aspirations.
Pour mobiliser citoyens et responsables publics. La misère, où qu'elle se constate, est une violation des droits humains fondamentaux. Elle n’est cependant pas une fatalité dans la mesure même où elle peut être combattue et vaincue comme l’ont été l’esclavage et l’apartheid. .
Un point d’appui pour une lutte de fond contre la misère. ATD Quart Monde, qui est à l’origine de cette journée, souhaite que les initiatives se multiplient de toutes parts à l’initiative d’associations, d’élus, de citoyens.
Il est vrai que la misère telle qu'elle est vécue dans les pays où il n'y a pas de filets d'aide sociale n'est pas à comparer avec la notion de pauvreté dont nous parlons dans notre pays. Cependant, le dernier baromètre social sur Bruxelles a, au début de cette semaine, fait l'effet d'une grande déflagration médiatique en livrant les derniers chiffres sur l'état de la pauvreté dans notre Région.
Un constat s'impose de toute évidence: la pauvreté continue d'y gagner du terrain. Plus du quart de la population bruxelloise vit sous le seuil de risque de pauvreté (soit sous les 60% du revenu national moyen qui est estimé à un peu plus de 2.800 € bruts en 2010). Les inégalités de revenus ne cessent de s'accroître, le taux d'emploi y est le plus faible du pays, le nombre de personnes dépendant d'un revenu de remplacement est en augmentation et, indice particulièrement parlant, le chômage s'y est accru de plus de 9.000 personnes en demandes d'emploi entre septembre 2009 et septembre 2010.
Le rapport contient bien d'autres données qui sont aussi inquiétantes pour le devenir des populations ainsi que pour l'essor même de notre Région. Entres autres problèmes, la moitié des garçons et près de la moitié des filles présentent au moins une année de retard scolaire en entrant dans le secondaire. La proportion de la population qui bénéficie d'un revenu du CPAS est trois fois plus élevée en Région bruxelloise que dans l'ensemble du pays . L'on dénombre à Bruxelles deux fois plus d'enfants et de jeunes vivant dans un ménage sans revenu du travail, et, ce qui m'a particulièrement émue, que 28% des bébés bruxellois naissent dans un ménage sans revenu du travail....
Ces données inquiétantes constituent autant de défis pour les Autorités politiques de la Région. Pour poser la question comme l'a fait le journal « Le Soir » dans sa page Forum du mercredi 13 octobre: « La Région bruxelloise est-elle en état de gérer sa pauvreté? »
A cette dernière question, Charles Picqué répond par un « OUI » assorti d'un « mais nous ne sommes pas assez aidés » tandis que Pascal Smet nous dit « NON » parce qu'il « manque toujours une unité de commande ». Le Ministre-Président veut tellement démontrer que tout ce qui touche la Région échappe de fait à l'emprise du gouvernement bruxellois qu'il se montre de plus en plus dépourvu d'auto-critique et de capacité innovatrice !
Pour ma part, j'aurais aimé entendre davantage parler de mesures concrètes, tel par exemple un vrai plan langue « français-néerlandais-anglais » pour tous les jeunes scolarisés de la Région ou un changement de la fiscalité sur le lieu de travail – fonctionnaires et cadres internationaux y compris – qui donnerait à la Région (et à son Ministre-Président en premier) les moyens de faire « durablement » pièce à la pauvreté en Région bruxelloise et de rendre ainsi dignité et plus grand confort de vie à celles et ceux qui ont à en souffrir aujourd'hui.
Rien n'est cependant perdu pour autant car, est-il besoin de le rappeler, ce n'est pas dans les manchettes de journaux que se prennent les décisions qui intéressent la vie quotidienne des habitants de notre Région mais bien au Parlement. Il ne nous reste dès lors qu'à retrousser un peu plus encore nos manches pour mettre les mains dans le cambouis !


